lundi 14 novembre 2005

Coup de gueule !

Lorsque Fantagraphics décide d'éditer la version complète des strips de Peanuts (Snoopy en Français), ça donne une série de livres qui s'attache - autant sur le fond (scan et nettoyage de tous les strips) que sur la forme (maquette signée Seth) - à rendre hommage à l'oeuvre de Charles M. Schultz et la mettre à la disposition du plus grand nombre (tirage non limité, 29 dollars pour 300 pages, etc.).

Lorsque Marsu Productions se lance dans un travail similaire pour la série Gaston Lagaffe de Franquin, ça donne un objet gigantesque (300 x 430) visiblement conçu pour les collectionneurs fortunés (tirage de 2000 ex., 99 euros pour 52 pages) avec une maquette quelconque. On va sûrement me dire que ce genre d'ouvrage s'adresse aux fans, aux amateurs, aux collectionneurs. Et bien, j'en ai marre !

Quand est-ce que les éditeurs de BD francophone vont arrêter de toujours viser les même 2000-4000 acheteurs qui constituent le noyau du microcosme francobelge ? Jusqu'à quand va-t-on avoir droit aux ex-libris / marque-pages à deux balles, au pseudo carnet de croquis réservé à la première édition, à la numérotation du tirage sur les albums, aux enveloppes qui enferment les BD (soyez les premiers humains à mettre la main sur votre BD!), aux tirages de tête aux prix indécents, aux tirages en noir et blanc qui sortent avant la version couleurs, aux produits dérivés - posters, figurines ... - pour trentenaires bobos, aux tirages limités que s'accaparent les spéculateurs ??? Et je passe sous silence les DVD-BD-films, les adaptations cinématographiques hasardeuses et décérébrées, les packs "Un acheté, un offert", les ré-éditions d'albums N&B recoloriées ou cassés en plusieurs tomes, les nièmes magazines hors-série sur AstérixTintin et Blake & Mortimer, etc. Nous prend-on vraiment pour des imbéciles ? Pour des CON-sommateurs ?

Je précise que je n'ai dans l'absolu rien contre les produits dérivés et ces pratiques commerciales (enfin si, mais c'est un autre sujet) mais je déplore que les grands éditeurs préfèrent viser les même acheteurs-collectionneurs plutôt que de défricher de nouveaux secteurs et d'ouvrir la Bande Dessinée à un plus large et nouveau public. Cette volonté de moissoner encore et toujours les même acheteurs nuit au développement durable de la Bande Dessinée. Ce n'est pas une simple affirmation puisque nous avons déjà pu constater les conséquences de ce type de politique commerciale au début des années 90 avant que des éditeurs comme L'Association, Ego comme X et d'autres ne s'attèlent à sortir la Bande Dessinée de l'impasse dans laquelle les gros éditeurs l'avaient engagée et montrent avec le succès qu'on connait les possibilités de la Bande Dessinées. Surtout, ces éditeurs ont également attiré de nouveaux lecteurs, venus de tout horizon - qui n'avaient jamais lu de BD auparavant ou qui s'en étaient éloigné avec le temps.

MAJ 15.11.2005 : j'apprends que la librairie Album au croisement de St-Jacques et St-Germain à Paris (une grande librairie spécialisé pour ceux qui ne la connaissent pas) fait plus de 60% de son chiffre d'affaire sur les produits dérivés. Symptomatique, non ?

La Bande Dessinée doit-elle être réduit à un simple produit qu'il soit d'appel ou de collection ?

La Bande Dessinée ne mérite-t-elle pas plus de considération ?

mardi 3 mai 2005

En vacances...

Désolé pour le ralentissement des mises à jour mais ça fait plus d'une semaine que je suis en vacances et j'en profite pour passer moins de temps sur la toile.

A chaque fois que je suis aux Etats-Unis, je me dis que je vais pouvoir en profiter pour faire la tournée des magasins de comics et ramener des trucs cools mais force est de constater qu'on est finalement pas si mal servi en France et en particulier dans les boutiques spécialisés de Paris. Les trois magasins de comics que j'ai visités ici réussissent le tour de force d'être 5 fois plus grand que les magasins de comics à Paris tout en offrant 5 fois moins de choix : impossible de mettre la main sur un recueil de Stray Bullets par exemple et quasiment aucun livres de Fantagraphics, Drawn & Quarterly ou Top Shelf Productions. Ah ça des Marvels et des figurines pour adolescents attardés, il y a en des paquets !!! Mais pour trouver un Charles Burns ou un Daniel Clowes, il faut se lever de bonne heure.

Mon autre surprise a été le rayon Bande Dessinée des grandes librairies telles que Borders ou Barnes et Noble. Quand j'étais aux Etats-Unis en 1998, c'est dans ces grandes librairies que j'avais découvert des auteurs tels que Adrian Tomine, Seth, Chester Brown et Jason Lutes (Fantagraphics, Drawn & Quarterly et Pantheon y sont finalement mieux distribués que dans les librairies spécialisées). J'espérais donc y trouver des possibilités d'achat mais à ma grande surprise, la tornade Manga est passé par là et les traductions niponnes occupent maintenant 80% des rayonnages. Il me semblait avoir lu récemment sur Internet que le chiffre d'affaire des Mangas avait dépassé celui des comics aux Etats-Unis mais ça restait assez abstrait d'avoir d'en voir la réalité sur place.

Bref, on se plaint régulièrement sur les forums francophones, mais force est de constater qu'on est vraiment bien servi niveau qualité et diversité. D'ailleurs, je viens de voir que le troisième tome de Lupus vient de sortir. Vivement que je rentre !!! :)

jeudi 25 novembre 2004

Quelle place pour les éditeurs indépendants ?

Comix Club #2 - Editions GroingeDans un article intitulé La situation est désespérée pour certains mais grave pour tout le monde et publié dans le deuxième numéro du Comix-Club des Editions GroingeJean-Paul Jennequin s'interroge sur la santé des éditeurs indépendants.

Remarquant que la stabilité - voire la baisse - du nombre d'albums publiés par ces éditeurs équivaut à une diminution dans un contexte de marché en expansion, il en attribue la cause aux "maisons d'édition à vocation commerciale" et à la concurrence directe que ces dernières font aux éditeurs indépendants en lançant des collections telles que Tohu-Bohu (Les Humanoïdes Associés), Encrage (Delcourt) et Ecritures (Casterman). Il compare notamment ces collections à des "coups bas" que font les grandes maisons d'édition aux éditeurs indépendants.

D'après lui, tout le monde semble pourtant s'y retrouver : les éditeurs traditionnels qui y gagnent un prestige facile, les auteurs qui y voient le nombre d'exemplaires imprimés augmenter et les lecteurs qui paient moins cher ces albums car ces collections sont généralement moins chères que leurs équivalents indépendantes. Tout le monde, sauf les éditeurs indépendants dont "95% n'arrive plus à rembourser [leurs] tirages et qu'il n'y a chez certains éditeurs plus aucune nouveauté rentable et que les autres ne survivent que grâce à une poignée d'auteurs phares" d'après Jean-Paul Jennequin qui "tire la sonnette d'alarme" et qui craint un retour aux "années 80, quand un seul éditeur servait d'alibi intellectuel à toute une profession uniquement préoccupée de gros sous".

Tout d'abord, force est de reconnaître l'intérêt de ce type d'article et du Comix-Club de manière générale dont je recommende d'ailleurs vivement la lecture. Jean-Paul Jennequin a en effet tout à fait raison de soulever le problème de l'état de santé des éditeurs indépendants et son analyse me semble pertinente sur plusieurs points. Ce qui m'ennuie en revanche, c'est qu'il fait porter l'entière responsabilité du mauvais état de santé des éditeurs indépendants sur les éditeurs traditionnels et qu'il n'indique pas de pistes pour qu'ils aillent mieux. C'est un sujet complexe et je ne suis pas éditeur mais je vais essayer d'apporter quelques éléments de réflexion.

Louis Riel, l'insurgé - Chester Brown - CastermanIl me semble tout d'abord important de se réjouir qu'un nombre grandissant de lecteurs soient attirés et achètent des albums de qualité qui n'auraient pas eu hier droit de cité dans les rayonnages. Pour avoir moi-même souvent fustigé les goûts fades (pour ne pas dire pire) du grand public, je suis content que constater que des albums comme Jimmy CorriganBlankets, Louis Riel ou Quartier Lointain - pour ne citer qu'eux - connaissent le succès. Certes, on aurait préféré que ces albums soient publiés par des éditeurs indépendants mais après tout, qu'importe, du moment que ces albums soient lus. Doit-on les boycotter parce que l'éditeur qui les publie n'est pas celui pour lequel notre coeur de militant bat ?

Louis Riel - Chester Brown - Drawn & QuarterlyCe qu'on peut en revanche reprocher - comme le fait Yvan Alagbé (co-fondateur des éditions Amok) dans le premier numéro de Grenade - c'est la mauvaise qualité de certains de ces albums comme par exemple la fadasse version de Louis Riel publiée par Casterman qui n'a plus rien à voir avec l'oeuvre originale publiée par Drawn & Quarterly. Mais ce n'est pas toujours vrai, il n'y a qu'à voir le travail de titan réalisé par Delcourt pour adapter Jimmy Corrigan de Chris Ware ou la version française d'A l'Ombre des tours mortes d'Art Spiegelman chez Casterman en tout point identique à l'édition originale. Et que dire de Blankets qui semble avoir été refusé par L'Association et peut-être d'autres maisons malgré le grand engouement de son auteur Craig Thompson pour les éditeurs indépendants européens ?

Ensuite, il me semble difficile de reprocher aux éditeurs traditionnels de lancer leurs propres collections de romans graphiques (je n'aime pas forcèment ce terme mais il a le mérite d'être compréhensible). Comme le souligne Jean-Paul Jennequin, ces éditeurs ont une vocation commerciale et il me semble donc prévisible que, s'ils voient une tranche de marché se développer, ils tenteront d'en prendre une part. Il peut paraître injuste - et ça l'est probablement - qu'ils récoltent les fruits de 10 ans de travail acharné des éditeurs indépendants mais souhaiter qu'ils délaissent ce marché me semble naïf et candide.

On peut ensuite se demander si la multiplication du nombre de structures éditoriales indépendantes a suivi l'évolution du marché et si finalement il est effectivement possible pour un si grand nombre d'éditeurs de survivre (Atrabile, Bülb, Charrette, Cornelius, Drozophile, An 2, Ego comme X, FLBLB, Groinge, L'Ampoule, L'employé du moi, La boîte d'aluminium, La comédie illustrée, la Pastèque, Le Potager Moderne, Le Seuil, Les 400 coups, Les Requins Marteaux, Les Rêveurs, Les Taupes de l'Espace, Mécanique Générale, MPF Editions, Onabok, PLG, Rackham, Six pieds sous terre, Vertige Graphic pour d'en citer que quelques uns) Pourquoi ne pas se regrouper comme Fréon et Amok l'ont fait en constituant Frémok ou au moins partager les frais de structures : partager les attachés de presse, les frais de communication, les bulletins d'information, les catalogues, voire même de la publicité, etc. L'union ne fait-elle pas la force ? Je salue donc au passage la récente initiative du mouvement Littératures Pirates qui semble vouloir fédérer des éditeurs indépendants (de littérature et de bande dessinée).

Enfin, il me semble intéressant de s'interroger sur la place et sur le rôle des éditeurs indépendants en 2004. Pendant les 10 dernières années, ils ont publié avec courage des albums qui avaient peu de perspective de vente. Un nombre grandissant de ces albums (publiés chez les indépendants ou les éditeurs traditionnels) parviennent désormais à toucher un public qui dépasse le premier cercle des lecteurs initiés. Ce qui hier aurait été cantonné dans un rayon spécialisé (un album souple en noir et blanc qui fait plus de 46 pages ? vous n'y pensez pas !) se retrouve aujourd'hui souvent chroniqué dans les média grand public et trouve une bonne place sur la table des nouveautés des librairies. Ce qui me semble expliquer la concurrence des éditeurs traditionnels sur le secteur des romans graphiques, c'est que ce qui était avant-gardiste hier le semble moins aujourd'hui, non pas que les albums se soient nécessairement afadis mais plutôt que les lecteurs ont été éduqués à ce type de lecture.

Nicolas RobelDans ce contexte, on peut se poser la question du rôle des éditeurs indépendants. Doivent-ils continuer de publier des albums qui pourraient désormais être publiés par des éditeurs traditionnels ? C'est une solution qui ne semble économiquement pas viables car la concurrence ne joue pas en leur faveur (promotion, distribution, prix, etc.). Pour moi, le principal rôle d'un éditeur indépendant est d'éduquer continuellement le public en publiant des oeuvres avant-gardistes qui ne peuvent pas être publiées ailleurs. C'est une activité sans fin car ce qui est avant-gardiste aujourd'hui sera grand public demain. Delcourt publie Charles Burns ? Que les éditeurs indépendants continuent de publier Debbie Drechsler et Nicolas Robel ! Casterman publie Craig Thompson ? Publions Matt Maden et Kevin Huizenga ! Les Humanos publient Dupuy et Berberian ? Publions Jimmy Beaulieu et Jeffrey Brown !

Certes c'est une tâche difficile mais elle s'est avéré possible ces dix dernières années. Pourquoi en serait-il différent aujourd'hui ? Courage, la situation est peut-être grave pour tout le monde mais désespérée pour personne.

jeudi 26 août 2004

Rentrée 2004 : la déferlante !

Si vous êtes passé dans une librairie cette semaine, vous avez forcément remarqué que la rentrée BD avait démarré sur les chapeaux de roue. Entre le 15 août et le 31 septembre, ce ne sont pas moins de 300 albums(*) qui vont déferler dans les rayons ! Et encore, je ne parle que de franco-belge. Si on rajoute les comics et les mangas, on doit s'approcher de 480 nouveautés au total. Et tout ça, en 7 semaines : soit près de 10 albums par jour - y compris le dimanche ! Et, même s'il sera moins important, le rythme de parution devrait rester assez élevé jusqu'à la mi-décembre.

Est-ce trop ? La question occupe tous les esprits, à commencer par celui des auteurs eux-mêmes. Les éditeurs sont souvent pointés du doigt comme étant les responsables de cette explosion du nombre de publication mais cette envolée est également le reflet de l'effervescence artistique du medium. L'offre n'a en effet peut-être jamais été autant diversifiée dans le fond et sur la forme (même si certains genres continuent de prévaloir) et on ne peut que se réjouir de voir autant d'auteurs se lancer dans de nouveaux projets.

Mais là où le bât blesse, c'est que la demande ne semble pas suivre. Même s'il m'est difficile d'en parler car je ne dispose pas de chiffres précis sur le sujet, il me semble que le tirage moyen par album et les mises en place (nombre d'albums commandés par les points de vente) sont de plus en plus faibles ce qui laisse penser que le public de la BD n'augmente pas proportionnellement à l'offre. Et comme les budgets ne sont pas extensibles à l'infini, les lecteurs sont obligés de sélectionner leurs achats.

Personnellement, j'ai déjà changé mes habitudes d'achat. Avant, j'avais la chance de pouvoir acheter à peu près tout ce qui me plaisait mais cette époque est terminée car le nombre d'albums (y compris ceux de qualité) ne cessent d'augmenter et mon budget ne peut plus suivre. Du coup, j'ai décidé cet été d'inverser la courbe de mes achats et de réduire drastiquement mon budget BD qui avait atteint des sommets trop élevés. Ca s'appelle un retour de balancier. Résultat : sur la trentaine d'albums sortis depuis le début de semaine, je n'en ai acheté qu'un seul.

Je ne sais pas si mon cas est isolé mais il semble que la crainte d'un krach du secteur (à l'image de celui du début des années 90) soit dans tous esprits. Jusque là, ça va. Jusque là, ça va... Et vous, vous en pensez quoi ?

(*) D'après le tableau des sorties du magazine Bo-Doï
(**) D'après le rapport 2003 de l'ACBD, les mangas et les comics représentent respectivement environ 30% et 8% du nombre total d'albums publiés.

mercredi 14 avril 2004

D'Image Comics à Marvel

Extrait de PowersLe mois dernier, je vous parlais de Powers, une série de Bendis et Oeming que j'apprécie beaucoup. Je rappelle qu'il s'agit d'une série américaine qui raconte les enquêtes policières de Christian Walker et Deena Pilgrim, deux lieutenants de la criminelle qui sont appellés lorsque l'affaire implique un "powers" (quelqu'un doté de pouvoirs). Cette série était publiée par Image jusqu'à présent mais figurez-vous qu'un communiqué de presse vient d'annoncer qu'elle serait désormais publiée par Marvel au sein d'une collection nommé ICON. Cette nouvelle collection de la "maison des idées" (surnom auto-attribué de Marvel) a pour vocation de publier des "creators-owned series" c'est-à-dire des séries créés par des auteurs et dont ils détiennent les droits exclusifs.

Pour mieux comprendre la situation, il faut savoir que Marvel possède les droits de toutes les séries qu'elle publie. En gros, ils embauchent et virent à leur guise des auteurs pour écrire et illustrer les histoires des X-Men et de Spider-Man par exemple. Il était impossible, jusqu'à présent, pour un auteur de soumettre son propre projet à Marvel (la tentative de la collection EPIC est rapidement tombé dans les choux) et encore plus irréaliste d'espérer en conserver les droits. C'est d'ailleurs suite à cette situation qu'en 1992, un certain nombre d'auteurs tels que Todd McFarlane, Marc Silvestri et Jim Lee en eurent assez d'engraisser Marvel sans jouir d'une véritable liberté d'artiste et décidèrent de fonder leur propre maison d'édition : Image Comics. Ce retournement de position de Marvel est donc assez paradoxal (et difficile à croire mais ça doit être ma prudence naturelle avec les grandes maisons d'édition).

Kabuki - David MackMême si je trouve que les fondateurs d'Image n'ont pas su saisir la chance de véritablement innover chez Image Comics (après avoir claqué la porte de Marvel, ils se sont empressés d'aller créer des espèces de clone des séries de Marvel avec les même super-héros et les même limitations), je trouve qu'ils sont su créer de meilleures conditions pour les auteurs en leur permettant de créer et de posséder les droits de leurs propres séries. On connait le succès de Spawn mais deux autres séries un peu plus innovantes ont également su tirer leur épingle du lot : il s'agit de Kabuki de David Mack et donc Powers de Bendis et Oeming.

Et voilà que ces auteurs viennent de décider de passer chez Marvel pour - disent-ils - soutenir l'initiative de Marvel de publier des séries détenues par leurs auteurs. Dans différentes déclarations, ils assurent qu'absolument rien ne changera pour les séries et qu'ils restent en très bons termes avec leur ancien éditeur (qui conserve la publication et la distribution des anciens albums). On se demande donc ce qui les a poussé à quitter Marvel. L'aspect financier n'est sûrement pas pour rien dans cette histoire mais il est également amusant de constater qu'au même moment, Oeming vient de signer pour un story-arc de 6 épisodes de Thor... publié par Marvel évidemment et Bendis qui publie déjà de nombreuses séries chez Marvel vient de se voir donner l'opportunité de démanteler les Avengers.

Bien sûr, je ne consteste pas le droit des auteurs de publier leurs série où bon leur semble mais je ne peux m'empêcher de trouver dommage que céder aux sirènes des grandes maisons d'édition. D'un autre côté, si j'étais à la place des auteurs, j'aurai probablement fait comme eux car passer chez Marvel avec les mêmes conditions qu'Image Comics va probablement leur permettre de gagner de nouveaux lecteurs. D'après moi, la plupart des artistes ont bien évidemment envie que le plus grand nombre de personne aient accès à leurs productions C'est naturel et compréhensible. En plus, bien que plus petit que Marvel, Image n'est pas non plus une maison d'édition underground. Ce n'est donc pas comme si Fabrice Neaud décidait de publier son Journal chez Soleil... heu... non ça risque pas d'arriver.

Extrait de Six - Oeming - Image ComicsEnfin bref, tout cette disgression pour vous signaler à la base que Michael Avon Oeming prépare Six, un one-shot de 56 pages en noir et blanc (chez Image cette fois). Bien qu'on sente une nette influence de Frank Miller dans le traitement en noir et blanc, ça reste quand même très beau et je ne manquerai pas d'y jeter un oeil lors de sa sortie en Août 2004. Newsarama présente d'ailleurs quelques pages en avant-première et on y voit quelques tentatives de narration plutôt intéressantes.

Thor - Oeming - MarvelComme dit plus haut, il prépare également 6 épisodes du dieu du tonnerre (ça fait un peu cheesy comme expression mais vous me pardonnerez d'après grandi avec Strange, n'est-ce-pas ?). Là aussi, les dessins sont prometteurs et je trouve que son style colle parfaitement à un personnage tel que Thor. Comme dans Powers, j'aime vraiment bien le constraste entre un dessin plutôt cartoon et les histoires assez noires qu'ils illustrent.

Sur ce, bonne journée et à plus tard. :)

vendredi 5 mars 2004

Le Citizen Kane de la Bande Dessinée

Dans une interview au magazine PepperPlug, Alan Moore parle de la Bande Dessinée comme un art primaire. Il indique notamment que la « BD est très jeune. [...] Donc forcément, même si elle compte quelques chefs-d’oeuvre, la plupart sont encore à créer. Nous n’avons pas encore connu notre "Citizen Kane" en BD ! ».

Ce qui vaut à Citizen Kane son statut particulier dans le cinéma, c'est que ce film brille à la fois par le fond et par la forme. En BD, certains auteurs explorent très en avant le language graphique mais le sujet n'est pas à la hauteur. Réciproquement, certains auteurs s'attaquent à des sujets "costauds" mais néglige la narration graphique. Attention, je n'oppose pas dessin et scénario, je distingue le language graphique (dessin, cadrage, découpage, narration, phylactères, onomatopées, etc.) et le sujet (le thème de l'histoire). Au moins, un album me semble exceller dans les deux doamines : Maus d'Art Spiegelman. Il y en a - ou en aura - sûrement d'autres, après tout, il est vrai que c'est un art bien plus jeune que la peinture, la sculpture ou la poésie. Peut-être n'en sommes nous qu'aux balbutiements ? On a l'impression qu'il y a une profusion d'albums mais en même temps, tant de thèmes n'ont pas encore été abordés. Quand je lis les deux ouvrages de Scott McCloud ( Understanding Comics et Reinventing Comics ), j'ai l'impression qu'on a à peine effleuré les possibilités de la BD et je trouve ça enthousiasmant. Vous imaginez tout ce qui nous attend encore ? :)

lundi 23 février 2004

Bendis a-t-il perdu la main ?

Couverture de Ultimate Six"Bendis a-t-il perdu la main ?" C'est la question que je me pose à la lecture des dernières productions de Brian Michael Bendis. Attention, je ne lis pas tous les comics scénarisés par Bendis car il y en a un paquet et il est donc possible qu'il y en ait aussi des bons mais force est de constater que ceux que j'ai lu ces derniers temps sont plutôt médiocres voire carrèment mauvais.

Pièce à charge numéro 1 : Ultimate Six

Ultimate Six est un cross-over en 7 épisodes entre The Ultimates et Ultimate Spider-Man, qui raconte comment 5 ennemis héréditaires de Spider-Man (Dr. Octopus, Electro, l'Homme-Sable, Kravent le Chasseur et le Bouffon Vert) s'associent pour enlever Peter Parker et l'obliger à faire parti de leur groupe. En face, Nick Fury et les Ultimates tentent de les arrêter. Le scénario est si mince qu'elle n'aurait même suffit à constituer l'intrigue secondaire d'un épisode de Stan Lee. Ce n'est qu'un prétexte pour dessiner des scènes d'action pleine page inintéressantes où il serait difficile de retenir un baillement s'il fallait plus de 3 minutes montre en main pour lire l'épisode. A oublier très vite.

Couverture de Secret War #1Pièce à charge numéro 2 : Secret War

Rappelons que Secret Wars est le nom d'un énorme cross-over publié par Marvel en 1984-1985 et qui réunissait une floppée de super-héros et de super-vilains sur une planète lointaine où un être supérieur appelé The Beyonder voulait étudier les concepts du bien et du mal en organisant son propre tournoi. Ce premier cross-over fut suivi d'un deuxième qui reste dans les annales comme un nanar ridicule. Et voilà que Bendis, qui va bientôt devenir archéologue à force de remuer le passé, décide de revisiter le concept en lançant sa propre version de Secret War.

Cette fois, il s'agit d'une espèce de conspiration de super-vilains sur lequel enquête... Nick Fury ( bientôt rebaptisé Nick "Bendis" Fury ). Il semblerait qu'une puissance étrangère cherche à déstabiliser les Etats-Unis en financant les exactions des dits super-vilains. Certes, il ne s'agit que du premier épisode mais franchement, ça pourrait être plus enthousiasmant. Si l'on fait abstraction de la campagne marketing qui a précédé le lancement du premier numéro et des dessins de Dell'Otto, il n'y vraiment pas de quoi fouetter un chat.

Extrait de The Pulse #1Pièce à charge numéro 3 : The Pulse

Alias ( rien à voir avec la série télé ) était à mes yeux une des meilleures séries de Bendis. En quelques mots, la série racontait la vie de Jessica Jones, une ancienne super-héros reconvertie en détective privé, qui essayait, entre ses problèmes d'alcool et de relations sentimentales, de gagner sa vie en enquêtant sur les différentes affaires que lui apportaient ses clients. A la manière d'Alan Moore dans The Watchmen, Bendis explorait la vie d'un super-héros après s'être retiré. C'était inspiré, intelligent et magnifiquement mis en scène par Gaydos. Mais, la révélation du passé de Jones dans le dernier story-arc a conduit Bendis à clôturer la série pour en relancer une nouvelle, The Pulse. Savoir arrêter une série en plein succès plutôt que de rallonger la sauce est une bonne idée et on ne peut que saluer le courage de Bendis. Dommage qu'il n'ait pas suivi cette idée jusqu'au bout.

The Pulse, c'est le nom du supplément du Daily Bugle que confie Jonah Jameson à Jessica Jones et Ben Urich en leur demandant de pondre des articles sur les super-héros dans une tentative de reconquête des lecteurs. La faiblesse du pitch est à la hauteur de la médiocrité des dessins. A croire que ce n'est plus le même scénariste. Là où Alias excellait à décrire le combat personnel d'une trentenaire pour retrouver un sens à sa vie, The Pulse nous offre une caricature du même personnage dont on ne comprend pas les raisons personnelles qui la pousse à accepter le job offert par Jameson. Vous ai-je aussi dit que le dessin est d'une médiocrité affligeante ? Non, parce que vraiment, il l'est.

Je pourrais également rajouter Ultimate Fantastic Four mais on croirait que je m'acharne. Même le story-arc Hardcore de Daredevil n'était pas terrible et le nouveau n'a pas l'air mieux.

Evidemment, si je me permets d'être si sévère avec Bendis c'est parce qu'il a fait bien mieux dans le passé que cela soit dans ses séries noires ( Goldfish, Torso, Jinx, etc. ) que sur les excellents séries que sont Powers et Alias ou bien même sur les récents épisodes de Daredevil ( les story arcs Out, Underboss et Low-life). Est-ce la multiplication des projets ( Ultimate Spider-man, Ultimate X-Men, Powers, Daredevil, Ultimate Six, The Pulse, Alias, Secret War, Ultimate Fantastic Four, etc. ) ? Est-ce l'usure ? Michael, reprends-toi !

Attention : il semblerait que les séries sus-mentionnées aient reçu des critiques très favorables aux Etats-Unis ( un exemple ). J'ai lu ces chroniques et je persiste dans mon point de vue mais je vous conseille toutefois de ne pas me croire sur paroles et de vous faire votre propre opinion. Mais je vous aurais quand même prévenu... :)

mercredi 18 février 2004

Couvertures de comics

Couverture de Mystique #11Pour ceux que l'anglais ne rebute pas, je vous conseille deux articles sur les couvertures de comics. Tout d'abord sur NinthArt où Paul O'Brien examine le rôle et le fonctionnement des couvertures. Il passe rapidement sur les couvertures pin-up de Marvel avant d'en considérer d'autres plus expérimentales ( Love Fights, Promethea, etc. ) et de s'attarder sur le retour des couvertures qui montre une scène complète de l'épisode avec mise en situation et phylactères ( Stormwatch : Team Achilles #20 ). On pensait ce genre tombé en désuétude il y a de nombreuses années mais son auteur, Micah Wright, explique dans une interview pourquoi ce type de couverture fonctionne très bien aujourd'hui.

Comme souvent, lorsqu'un procédé est exploité jusqu'à plus soif ( comme les couvertures pin-up de Marvel ), certains auteurs explorent ou redécouvrent d'autres techniques. D'où le retour des couvertures "d'action" pour mieux communiquer aux lecteurs de quoi parle un comics. Espérons quand même qu'on évitera les phrases-choc que nous servaient les éditeurs il y a 20 ans ( A breath-taking episode that will leave you speechless ou Will Spidey save Aunt May from the dreadful Shoe-Maker ? ).

Couverture de Daredevil #57Du coup, je me suis demandé ce qu'il en était des couvertures de BD franco-belge et il me semble remarquer que plus la série est longue et plus l'auteur utilise des scènes d'action de l'album pour la couverture ( Astérix, Thorgal, Ric Hochet, etc. ) alors que des séries courtes ou des one-shots privilégient plus le côté statique ( Djinn, Silence, etc. ). Evidemment, c'est bourré d'exception. En revanche, il me semble qu'en dehors de certains albums humoristiques ( Achille Talon, Edika, etc. ), aucune BD franco-belge n'utilise, à ma connaissance, de phylactère en couverture.

Alors, d'après vous, qu'est-ce-qu'une bonne couverture ?

vendredi 30 janvier 2004

La majorité silencieuse des internautes

Début janvier, Everland et Aline, ont décidé de mettre en ligne un journal hebdomadaire qui présente sous forme de collage virtuel leurs activités ( lectures, dessins, films, etc. ) de la semaine passée. Le résultat est plutôt intéressant et certainement original mais cette semaine, seul Everland a mis en ligne son journal. Interrogé sur l'absence de celui d'Aline, cette dernière a répondu qu'elle avait eu l'impression que ce n'était bien que pour [elle], que ça n'apportait rien à personne. Du coup, plusieurs personnes se sont manifesté pour dire que son journal était apprécié.

Comme souvent sur Internet, la majorité des Internautes est silencieuse. Ca nous arrive à tous de suivre avec régularité des sites maintenus par des amateurs sans nécessairement leur manifester notre appréciation sur leur travail. Parce que tous les webmasters vous le confirmeront : même si le maintien d'un site est avant tout fait par plaisir, c'est malgré tout beaucoup de travail. Et même travailler sur sa passion, ça peut gonfler certains jours. Il ne se passe pas une semaine sans avoir envie d'arrêter BDnews.net. En même temps, j'adore ce site et je suis content de son ( relatif ) succès. Ces dernières semaines, il tourne à 1000 visiteurs par jour. C'est un nombre impressionnant ( arrêtez vous une seconde pour imaginer 1000 personnes réunis dans une salle de concert par exemple ) mais ça reste totalement virtuel et immatériel. Sur l'année passée, je dois pouvoir compter sur les doigts d'une main, le nombre de message d'appréciation spontané : pas plus de 5 pour 130 630 internautes ( chiffres de weborama )

En contraste, ce weblog n'attire qu'une trentaine de personnes par jour mais j'ai davantage l'impression d'être lu. Sûrement une conséquence des commentaires que les message générent. Bref, merci à tous pour les retours et sur ce, reprenons le cours de nos activités habituels. Ce weekend, je vous parle de L'Immeuble d'en face de Vanyda chez la Boîte à bulles.

jeudi 15 janvier 2004

Les médias et la Bande Dessinée

Si vous avez visité un kiosque à journaux cette semaine, vous avez sûrement aperçu la couverture de Télérama sur Les nouvelles têtes de la BD. Avant de poursuivre, je tiens à signaler que j'accueille avec satisfaction toute couverture médiatique de la BD et que dans ce domaine, Télérama a le mérite de faire des efforts et qui plus est, le fait avec des auteurs de talent. Ceci étant dit, je ne peux m'empêcher de regretter que les médias généralistes ne se souviennent de l'existence de la BD qu'une fois par an, à l'occasion du festival de la BD d'Angoulême. Télérama ne déroge pas à la règle et met donc la BD à sa une cette semaine. Le cinéma n'a-t-il les honneurs de la couverture de Télérama que pendant le festival de Cannes ? La musique ne s'affiche-t-elle que pendant les Victoires de la Musique ? Non, alors pourquoi diable ne parle-t-on de BD que la semaine du FIBD ??? Fin de la parenthèse.

Sur un fond à damier rouge et blanc ( une référence à Tintin et à son 75ème anniversaire ? ), la couverture montre 9 auto-portraits ( plus les mouches de Trondheim ) des auteurs de l'Association et d'Ego comme X accompagnés d'un titre qui pourrait être signé Hugues Dayez et qui nous rappelle que nous avons affaire à de nouvelles têtes de la BD. Le choix des auteurs est assez convenu de la part de Télérama qui semble abonné à l'Atelier des Vosges ( nom de l'atelier que partage un certain nombre d'auteurs de L'Association entre autres ) mais il serait difficile de tordre le nez sur le talent des auteurs choisis même si j'apprécierai personnellement plus de diversité ( quelques exemples non francophones aurait été bienvenus par exemple ). En revanche, je trouve le titre un peu abusif car il me semble que ces auteurs ( Frédéric Poincelet, Julie Doucet, Dupuy et Berberian, Fabrice Neaud, Edmond Baudoin, Killoffer, David B., Marjane Satrapi, Lewis Trondheim et Joann Sfar ) publient déjà depuis plusieurs années. Bien sûr, tout est relatif, je vous l'accorde mais l'association a quand même été créée en 1990.

L'article lui-même est plutôt bien écrit mais là aussi on peut regretter certaines boulettes comme celle qui apparait dès la deuxième ligne : La majorité des albums sont tirés à 20 000 à 30 000 exemplaires. ( !!! ) Diable, je connais un paquet d'auteurs qui vont se précipiter chez leurs éditeur pour réclamer leurs arriérés de droits d'auteur en apprenant ces chiffres.

Bref l'article ne me parait pas justifier l'achat du magazine mais jetez-y un oeil quand même.

mercredi 7 janvier 2004

Dossier BD dans le magazine Capital

Ce matin, j'indiquais sur BDnews.net un dossier sur la BD dans le dernier numéro du magazine Capital. Le dossier est plutôt intéressant car il donne une vision internationale de la Bande Dessinée. On y voit par exemple que les mangakas ( dessinateurs japonais ) sont souvent aidés par un studio qui peut compter une petite dizaine de dessinateurs. Au passage, une initiative similaire a été tentée en europe mais le résultat a été pour le moins décevant mais bon, c'est une autre histoire. Bref, ce que je veux dire c'est que ce dossier a des qualités mais j'ai quand même un gros reproche à leur faire : en en-tête de dossier, le magazine clame qu'en rationalisant ses méthodes de production et en se mettant au marketing, la BD a retrouvé une seconde jeunesse !!!

Certes, c'est un magazine axé sur l'économie et l'argent mais j'ai été tout de même surpris par cette analyse purement capitalistique qui ne dit pas un mot sur le talent des auteurs eux-mêmes. Or il me semble que si la BD se porte bien ces dernières années, c'est aussi ( et peut-être même surtout ) grâce à eux. Ca semble évident mais visiblement certains l'oublient.

J'entend souvent des gens qui regrettent que la BD ne soit pas plus médiatisée mais honnêtement, si c'est pour finir comme l'industrie du disque ou du cinéma, j'aime autant que ça reste comme ça...

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