Tout le monde le sait : Lewis Trondheim a annoncé qu'il arrêtait de dessiner et du coup, il fait le ménage dans ses séries. Après avoir publié le dernier volume de son carnet de bord, le voici qui règle son compte à sa série fétiche, celle avec lequel il a fait son apprentissage du médium et qui lui a apporté le succès auprès du grand public. Je parle bien évidemment de Lapinot dont le huitième et dernier tome vient de paraître (bizarrement, le neuvième tome était déjà sorti l'année dernière).
Dans une ambiance de cène, 12 amis de Lapinot se réunissent pour une fête qui s'annonce anodine mais qui va progressivement déraper en un drame fatal. Pas de Judas dans l'assemblée mais une cassandre de mauvaise augure qui a vu dans les cartes de Tarot que quelqu'un allait mourir. Reste à savoir qui...
Sur le thème de "on peut tous mourir à tout moment", Trondheim fait lourdement planer sur chacune de ses créatures l'ombre de la mort avant d'en sacrifier une sur l'autel de l'absurdité de la vie. Comme à son habitude, il en profite pour lancer quelques piques bien senties sur les bobos et des trentenaires mais on sent qu'il ne s'amuse plus comme avant. Lui qui excelle habituellement dans un ton incisif et moqueur, il devient amer et aigri comme s'il cherchait à faire payer ses personnages.
Jamais Trondheim le démiurge n'aura autant été présent dans un album de sa série. Car finalement le véritable héros de ce huitième tome, c'est bien lui et pas un Lapinot plus creux que jamais. Sans s'en rendre compte, Trondheim s'y révèle autant - sinon plus - que dans ses carnets de bord. On sent qu'il veut tirer sa révérence à la Bande Dessinée mais la séparation se fait dans la douleur. Lewis a mal alors il frappe dur : un crochet à Richard, un uppercut à Titi et une bonne mandale à Lapinot. Un peu mal à l'aise, le lecteur-voyeur assiste à ce règlement de compte familial en espérant que le combat s'arrêtera avant que le sang ne soit versé. Peine perdue, c'est un combat à mort et comme l'auteur est tout puissant, il est joué d'avance.
Malgré un rythme assez enlevé, la vie comme elle vient est en soi l'un des moins bons albums de la série (Ah Blacktown, Ah Pichenettes). Il n'est pas drôle, son issue est largement prévisible et malgré une scène finale digne d'un film hollywoodien, il n'est pas très émouvant. Reste le spectacle d'un auteur qui a décidé de dire adieu à sa série dans le fracas. Est-ce courageux ? Probablement. En tous les cas, c'est rare.
Les formidables aventures de Lapinot - La vie comme elle vient - Lewis Trondheim - Dargaud