mardi 5 octobre 2004

Bretagne de Pierre Wazem

Bretagne - Wazem - Les Humanoïdes Associés

Un album magnifique où Wazem démontre tout à la fois son talent de conteur et de dessinateur. Dans la lignée d'auteurs comme Hugo Pratt ou Attilio Micheluzzi, il nous raconte l'histoire d'une poignée de soldats en Afrique en 1942. Loin des clichés héroïques, ces derniers se révèlent tels qu'ils sont : des hommes avec leurs forces et leurs faiblesses. Et les plus courageux ne sont pas toujours ceux auxquels on pense...

Graphiquement, les planches de Wazem sont superbes : à la fois belles et expressives. Et quelle patte dans le placement des noirs ! Ce n'est pas pour rien que Wazem va reprendre les Scorpions du désert d'Hugo Pratt.

Bref, Bretagne est une vraie réussite et se place dans les tous meilleurs albums de la collection Tohu Bohu des Humanoïdes Associés.

Extrait de Bretagne

Bretagne - Pierre Wazem - Les Humanoïdes Associés

vendredi 17 septembre 2004

Donjon Monsters, Spirou et Purgatoire

Sfar - Trondheim - Killofer - DelcourtDonjon Monsters T.9 de Sfar, Trondheim et Killofer chez Delcourt : je ne suis pas un lecteur régulier de Donjon ni de ses séries parallèles mais les commentaires plutôt élogieux lus à droite et à gauche m'ont donné envie de lire cet album. Bien m'en a pris car je n'ai pas été déçu. Visuellement, les pages de Killofer sont de toute beauté et le travail de mise en couleurs (Walter + Killofer) est impressionant. L'histoire sans être extraordinaire, est bien développée et j'ai bien aimé l'univers aquatique. Bref, ça ne me fera pas revenir à la série mais j'ai passé un bon moment. (fiche album)

Spirou T.47 - Paris-sous-Seine de Jean-David Morvan et José-Luis Munuera chez Dupuis : un album plutôt moyen qui pêche par la minceur du scénario. Beaucoup de tape-à-l'oeil mais pas grand chose à ce mettre sous la dent au-delà du concept (pourtant accrocheur) d'un Paris sous eau. Dommage car côté dessins, Munuera s'en sort bien. Espérons que la prochaine histoire soit plus creusée. (fiche album)

Purgatoire T.2 de Christophe Chabouté chez Vents d'Ouest : j'ai bien aimé la tournure générale prise par ce deuxième tome même si je l'ai trouvé un peu trop pétri de bons sentiments. Dommage également qu'il se lise si vite même si c'est une conséquence directe et justifiée du scénario. Ca reste malgré tout un album distrayant et il m'a donné envie de lire la suite. (fiche album)

jeudi 9 septembre 2004

Je vais te montrer quelque chose de Jason

Je vais te montrer quelque chose - Jason - CarabasOyez, oyez, le Jason nouveau est arrivé et il est tout en couleurs. Il s'appelle Je vais te montrer quelque chose et je trouve que la couverture est l'une des plus belles qu'il m'ait été donné de voir cette rentrée.

Je pourrais vous parler un peu de l'histoire mais je préfère vous laisser la découvrir. Disons qu'on y retrouve des thèmes chers à Jason comme la fatalité, la solitude et la solitude. Attention, Je vais te montrer quelque chose se rapproche quand même plus du Char de fer que de Attends.... A l'image de son éditeur, Carabas, il est plus accessible au grand-public sans toutefois faire l'impasse sur la qualité. En particulier, Jason y démontre à nouveau toute sa maîtrise de la narration graphique et son talent pour faire passer les émotions.

Que ceux qui s'interrogaient sur l'apparition du "tout couleurs" chez Jason se rassurent, Hubert - le coloriste - a fait du très bon travail avec une palette à la fois simple mais élégante. Seul petit bémol, la qualité de la traduction française qui me semble un cran en dessous de celle de ses précédents albums.

Bref, un très bon album à ne pas manquer dans l'avalanche des sorties de la rentrée.

A noter que Jason vient faire une petite tournée en France pour accompagner la sortie de cet album :

  • Jeudi 9 septembre - Bulles en stock - Amiens
  • Vendredi 10 septembre - Joseph Gibert - Paris avec Marc Lizano et Gabriel Delmas
  • Samedi 11 septembre - Expériences - Lyon
  • Lundi 13 septembre - Super Héros - Paris
  • Mardi 14 septembre - Opéra Comix - Montpellier
  • Mercredi 15 septembre - BD Ciné - Paris

vendredi 27 août 2004

Le Marquis d'Anaon - T.3 La Providence

Le Marquis d'Anaon T.3 - Vehlmann - Bonhomme - DargaudParmi l'avalanche de nouveautés sorties en librairie, mon premier choix s'est porté sur le nouvel album du Marquis d'Anaon de Fabien Vehlmann (IAN, Samedi et Dimanche, etc.) et Matthieu Bonhomme (L'âge de raison). J'en vois qui se gausse après ce qu'on a dit sur les séries dans les commentaires du post précédent mais j'assume totalement ce choix car ce troisième tome est une vraie réussite.

Le scénario de Vehlmann est audacieux car il repose essentiellement sur l'ambiance plombée qui règne à bord du bateau sur lequel s'est embarqué Jean-Baptiste Poulain. Après un début assez léger dans les salons de l'aristocratie, l'album progresse peu à peu vers un climat de suspicion et d'angoisse. Par petites touches, Vehlmann distille tour à tour des éléments empruntés à des genres aussi divers que policier, fantastique, romance et catastrophe.

De son côté, le dessin de Matthieu Bonhomme - un peu moins léché que dans le précédent tome mais cela n'a aucune incidence - reste impeccable d'efficacité pour ce qui est des cadrages et de la narration. Certaines pages sont de purs bijoux et lorsque les deux auteurs s'allient pour faire monter le rythme, on ne peut que ressentir une véritable bouffée d'adrénaline en sautant frénétiquement d'une case à l'autre.

Bref, La Providence est un très bon album grand public qui conforte l'excellente opinion que j'ai de ses auteurs.

Le Marquis d'Anaon T.3 La Providence - Fabien Vehlmann - Matthieu Bonhomme - Dargaud

vendredi 20 août 2004

Hellboy le film

Hellboy - Revolution Studios - Gaumont Columbia Tristar FilmsHier soir, je suis donc allé voir l'adaptation cinématographique d'Hellboy. Après avoir subi un véritable racket (9,30 euros pour une place de cinéma !!!), je me suis donc installé dans mon fauteuil pour voir mon premier film de Guillermo Del Toro (désolé, je suis moins cinéphile que Matt) en demandant comment on pouvait transposer au cinéma l'univers si particulier de Mike Mignola. Et bien, la réponse est simple : on ne peut pas. Ou alors, pas comme ça en tous les cas.

Est-ce à dire que tout est à jeter dans le film Hellboy ? Non, bien évidemment même s'il y a quand même beaucoup de déchets. Il faut dire que le défi était compliqué à la base car la création de Mignola allie horreur à la Chtulhu, humour noir et fantastique. Le risque était grand de tomber dans le grotesque et certaines scènes du film n'y échappent pas. Le problème, inhérent à la machinerie hollywoodienne, provient comme d'habitude d'une volonté de ménager le loup et la chèvre. Du coup, le film oscille entre action, romance et fantastique sans être convaincant dans aucun des domaines. Par moment, on dirait même un remake de Ghostbusters où les démons remplacent les fantômes et Ron Perlman prend la place de Bill Murray.

Reste quelques très bonnes scènes comme notamment le prologue, la scène aquatique dans le métro désaffecté avec Abe Sapien et la vision apocalyptique d'un futur où la terre détruite est régie par Hellboy devenu roi des démons. En revanche, le côté agent spécial du gouvernement encadré par un petit jeune sorti de l'école et un chef super énervant m'est sorti par les yeux.

Bref, ce film n'est ni à encenser ni à descendre, il est juste moyen (ouch, ça fait mal) et je ne pense pas aller voir la suite qui est pourtant d'ores et déjà lancée.

jeudi 19 août 2004

Dernières lectures

Contrairement à Matt, j'ai un peu mal à trouver le temps pour vous parler de mes dernières lectures. Pourtant, j'ai profité des vacances pour écluser un certain nombre d'albums. J'aimerais en parler plus en détails mais vu mon emploi du temps, ça risque de ne pas être pour tout de suite donc je préfère vous donner un tour d'horizon :

  • 20th Century Boys Vol. 12 de Naoki Urasawa chez Génération Comics : Oh mon dieu, AMI est donc.... !!! Bon, passez le moment de surprise, il faudrait que je me replonge dans les anciens volumes pour mieux comprendre les tenants et les aboutissants de cette révélation. Ca reste malgré tout toujours plaisant à lire et j'ai hâte de lire le tome 13 pour voir l'impact de l'identité d'AMI (à moins que cela ne soit une pirouette...).
  • Say Hello To Black Jack T.1 de Sato Shuho chez Glénat : Encore un manga avec cette série qui a donné lieu à un véritable débat de société sur le milieu hospitalier au Japon. Il s'agit d'un premier tome de mise en place mais j'ai bien aimé cette description de la vie d'un jeune interne. A suivre.
  • Carnet de voyage de Craig Thompson chez Top Shelf Productions : c'est peu dire que Craig Thompson admire les auteurs de L'Association (voir la rencontre Thompson - David B.) et il le prouve à nouveau avec cet album inspiré des carnets de bord des sieurs Trondheim et Sfar (Thompson va jusqu'à en reprendre le format et le design général). Thompson y raconte donc son séjour en France, en Espagne et au Maroc au printemps dernier. Pas d'énorme travail introspectif à la Blankets mais un compte-rendu de son voyage et des rencontres qu'il a faites. Visuellement, ce carnet est dans la veine de Blankets et personnellement, j'ai été comblé par les magnifiques illustrations. Bref, je vous le recommande chaudement.
  • Same difference & other stories de Derek Kirk Kim chez Top Shelf Productions : encore un excellent album publié par Top Shelf Productions qui égale désormais des éditeurs tels que Drawn & Quarterly ou Fantagraphics. Pour ceux qui ne savent pas encore, Derek Kirk Kim est un jeune auteur américain d'origine coréenne qui vient de gagner cette année deux prix : Eisner Award Talent Deserving Wider Recognition 2004 et Harvey Award Best New Talent 2004. Bonne nouvelle, la première partie de l'album (Same difference) sort en français le 10 septembre chez 6 pieds sous terre.
  • Sanctuaire de Mike Mignola chez Rackham : il s'agit de la compilation de deux histoires de Batman en noir et blanc dessiné Mike Mignola il y a quelques années. Le graphisme de Mignola est encore un peu jeune mais quel plaisir à admirer son talent déjà présent !

Voilà, c'est tout pour aujourd'hui.

mardi 13 juillet 2004

L'art de Jean-Claude Forest

L'art de Jean-Claude Forest - Philippe Lefèvre-Vakana - Editions de l'An 2Après plusieurs semaines d'hésitation, je me suis laissé tenté par L'art de Jean-Claude Forest aux Editions de l'An 2. Il s'agit d'un ouvrage de Philippe Lefèvre-Vakana qui fait la part belle aux visuels (illustrations, croquis, peintures, strips, planches, etc.). Je passerai sous silence le prix de cet objet qui... heu... est un investissement justifié pour découvrir le talent de cet grand auteur (un peu comme le catalogue d'une exposition si vous voulez).

Après avoir retracé les grandes lignes de la vie de l'auteur, Philippe Lefèvre-Vakana s'attache à nous faire découvrir certains aspects méconnu de la carrière de Jean-Claude Forest comme par exemple, son adaptation de Charlot en Bande Dessinée avec un graphisme très "gros-nez". Evidemment, les séries phares de Forest telles que Barberarella et Hypocrite sont également abordées. Plusieurs pages sont également consacrées à l'adaptation cinématographique que fit Roger Vadim de Barbarella et notamment au travail de Forest qui s'occupa des décors et de manière générale du design du film.

Hypocrite - Jean-Claude ForestAprès avoir débuté en s'inspirant d'auteurs tels que l'américain Milton Caniff et le français Raymond Poïvet, Forest n'a cessé d'explorer différents styles et différentes approches de la Bande Dessinée ce qui donne à son oeuvre un aspect protéiforme et varié qui plaira aux amateurs de dessins et de graphisme.

Aujourd'hui, ses albums ne sont pas tous disponibles mais on notera en particulier les ré-éditions de Enfants, c’est l’Hydragon qui passe et La jonque fantôme, vue de l'orchestre chez Casterman et Hypocrite et le monstre du Loch-Ness chez L'Association.

L'art de Jean-Claude Forest - Philippe Lefèvre-Vakana - Editions de l'An 2

mardi 6 juillet 2004

Mauvais chemin de Jason

Mauvais chemin - Jason - AtrabileHier soir, j'ai lu Mauvais chemin, le dernier album de Jason. S'il n'est pour moi pas aussi bon que l'excellent Char de fer (Atrabile 2003) ou le fabuleux Attends (Atrabile 2000), il n'en est pas moins un très bon album qui prouve encore une fois le talent de son auteur.

S'inspirant de la suite de la célèbre adaptation cinématographique du monstre de Mary Shelley, Jason nous raconte dans son style inimitable comment un savant fabrique une compagne pour sa créature à partir d'un cadavre que lui amène son assistant. Mais chez Jason, la réflexion se porte moins sur la création de la vie que sur la solitude et la recherche de l'âme-soeur. C'est un peu "chacun cherche sa femme", si vous voulez.

Narrativement, l'album est très réjouissant avec un découpage en 3 chapitres et un prologue qui met en exergue les temps fort du récit. Alors que la plupart de ses collègues contemporains semblent largement puiser leur inspiration dans le cinéma moderne à grands coups d'effets spéciaux, Jason se tourne plus vers le cinéma muet du début du siècle avec une scène de poursuite digne d'un film de Buster Keaton.

Enfin, je me dois de mentionner l'efficacité du découpage et la beauté du rendu des pages. Qui aurait pu penser qu'une bichromie vert fluo peut avoir cette classe ! Décidèment, cet auteur a du génie.

Mauvais chemin - Jason - Atrabile

lundi 5 juillet 2004

Et paf, le lapin !

Lapinot T.8 - Lewis TrondheimTout le monde le sait : Lewis Trondheim a annoncé qu'il arrêtait de dessiner et du coup, il fait le ménage dans ses séries. Après avoir publié le dernier volume de son carnet de bord, le voici qui règle son compte à sa série fétiche, celle avec lequel il a fait son apprentissage du médium et qui lui a apporté le succès auprès du grand public. Je parle bien évidemment de Lapinot dont le huitième et dernier tome vient de paraître (bizarrement, le neuvième tome était déjà sorti l'année dernière).

Dans une ambiance de cène, 12 amis de Lapinot se réunissent pour une fête qui s'annonce anodine mais qui va progressivement déraper en un drame fatal. Pas de Judas dans l'assemblée mais une cassandre de mauvaise augure qui a vu dans les cartes de Tarot que quelqu'un allait mourir. Reste à savoir qui...

Sur le thème de "on peut tous mourir à tout moment", Trondheim fait lourdement planer sur chacune de ses créatures l'ombre de la mort avant d'en sacrifier une sur l'autel de l'absurdité de la vie. Comme à son habitude, il en profite pour lancer quelques piques bien senties sur les bobos et des trentenaires mais on sent qu'il ne s'amuse plus comme avant. Lui qui excelle habituellement dans un ton incisif et moqueur, il devient amer et aigri comme s'il cherchait à faire payer ses personnages.

Lapinot T.8 - Trondheim - DargaudJamais Trondheim le démiurge n'aura autant été présent dans un album de sa série. Car finalement le véritable héros de ce huitième tome, c'est bien lui et pas un Lapinot plus creux que jamais. Sans s'en rendre compte, Trondheim s'y révèle autant - sinon plus - que dans ses carnets de bord. On sent qu'il veut tirer sa révérence à la Bande Dessinée mais la séparation se fait dans la douleur. Lewis a mal alors il frappe dur : un crochet à Richard, un uppercut à Titi et une bonne mandale à Lapinot. Un peu mal à l'aise, le lecteur-voyeur assiste à ce règlement de compte familial en espérant que le combat s'arrêtera avant que le sang ne soit versé. Peine perdue, c'est un combat à mort et comme l'auteur est tout puissant, il est joué d'avance.

Malgré un rythme assez enlevé, la vie comme elle vient est en soi l'un des moins bons albums de la série (Ah Blacktown, Ah Pichenettes). Il n'est pas drôle, son issue est largement prévisible et malgré une scène finale digne d'un film hollywoodien, il n'est pas très émouvant. Reste le spectacle d'un auteur qui a décidé de dire adieu à sa série dans le fracas. Est-ce courageux ? Probablement. En tous les cas, c'est rare.

Les formidables aventures de Lapinot - La vie comme elle vient - Lewis Trondheim - Dargaud

vendredi 2 juillet 2004

Scrapbook d'Adrian Tomine

Scrapbook d'Adrian TomineAttention, il est sorti ! Vous ne savez pas de quoi de je parle mais de Scrapbook, le nouvel album d'Adrian Tomine, bien sûr ! Incroyable mais vrai, moins de 3 mois après la sortie du neuvième numéro d'Optic Nerve, Tomine nous gratifie d'une deuxième publication. Et pas des moindres, puisqu'il s'agit d'un livre de 200 pages qui regroupe tous les travaux qu'a réalisés Tomine à côté de sa série Optic Nerve entre 1990 et 2004.

Je dois avouer qu'au départ, j'étais un peu sceptique sur la pertinence de ce genre de livre et j'aurais plutôt préféré que Tomine accélère son rythme sur Optic Nerve. La surprise n'en fut que meilleure car cet album est magnifique.

Adrian TomineTout d'abord, et comme tous les albums de Drawn & Quarterly, le livre est de grande qualité et le design est très élégant. Sachez ensuite qu'il se divise en trois parties : comics, illustrations et carnets de croquis. Il y a donc 80 pages de bande dessinée, pour la plupart dans le style de 32 stories (premier album de Tomine). La section Illustrations est tout simplement magnifique : Tomine possède vraiment un grand sens de la composition et j'aime beaucoup son utilisation des couleurs. Enfin, la troisième section montre des extraits des carnets de croquis de Tomine : étude de nus, recherches de personnages, croquis dans la rue, etc.

Bref un livre indispensable pour tous les fans de Tomine mais qui intéressera également plus largement les amateurs d'illustrations et de beaux dessins (garanti 100% sans heroic-fantasy !). Le livre coûte $24.95 mais je vous recommande vivement de l'acheter via la rubrique "Livres en anglais" d'Amazon France (21 euros, frais de livraison offerts) plutôt que de l'acheter en import chez Album Comics par exemple (près de 34 euros).

Scrapbook - Adrian Tomine - Drawn & Quarterly

jeudi 24 juin 2004

Paul en appartement de Michel Rabagliati

Paul en appartement - Rabagliati - La PastèqueBonne nouvelle, Michel Rabagliati est de retour avec Paul en appartement, la "suite" de sa série d'inspiration autobiographique. Dans ce nouvel album, Paul - l'alter-ego de l'auteur - s'installe avec Lucie dans un appartement de Montréal. Mais l'installation n'est pas le seul sujet du livre puisque Michel Rabagliati en profite également pour nous raconter ses années d'étude en école d'art et la rencontre avec la dite-Lucie.

Comme les précédents albums, Rabagliati conserve un ton léger et même les quelques situations conflictuelles prêtent à sourire. Certains pourraient reprocher ce côté un peu miévreux mais il ne m'a personnellement pas dérangé car il fait parti de ce que j'apprécie chez cet auteur.

Les récits de Rabagliati s'attachant à décrire la vie de tous les jours, j'ai été comblé par la pagination de l'album (114 pages) qui permet de se laisser absorbé par le récit (par opposition aux premières histoires courtes rassemblées dans Paul à la campagne). Graphiquement, c'est très propre et très soigné. Même si on ne peut s'empêcher de penser à certains autres auteurs (Dupuy et Berberian pour ne citer qu'eux), je trouve que Rabagliati sait également cultiver son propre style avec notamment des réminiscences de sa formation de typographe.

Bref, chaque album de Rabagliati est pour moi un grand bol frais et celui-ci ne déroge pas à la règle. C'est le genre d'album que je lis en me calant dans mon fauteuil avec une plaquette de chocolat à la main et un sourire sur les lèvres.

Exposition Michel Rabagliati à la comète de CarthageAu passage, je vous signale une exposition de plus de 120 planches originales de Rabagliati à la librairie La comète de Carthage du 19 juin au 18 juillet. A noter qu'il s'agit d'une expo-vente et qu'il y a également des petits tirages numériques limités à 5 exemplaires, signés/numérotés par l'auteur.

La comète de Carthage
4, rue Frédéric Sauton - 75005 PARIS
Tél. / fax : 01 44 07 02 47
Tous les jours de 12h à 20 h
Métro : Maubert-Mutualité

Paul en appartement - Michel Rabagliati - La Pastèque

jeudi 17 juin 2004

Le Stéréo Club T.1 d'Hervé Bourhis et Rudy Spiessert

Le Stéréo Club T.1 - Bourhis - Spiessert - DargaudVous vous souvenez d'Hervé Bourhis et de son prix René Goscinny obtenu en 2002 pour Thomas ou le retour du tabou ? Et bien le voici de retour accompagné cette fois de Rudy Spiessert pour un nouvel album de la collection Poisson Pilote de Dargaud.

Dans Britney forever, on découvre Guy, un fan de bon vin et de jazz qui a un peu de mal à vivre sa cinquantaine. Sa femme le trompe régulièrement et il a du mal à communiquer avec son adolescente de fille. Celle-ci ne jure que par Britney, la princesse de la pop. Mais contre toute attente, Guy se découvre une obession pour cette jeune chanteuse et sa chanson "Love you like a dolphin". S'en suit une histoire dynamique et très drôle que je vous laisse découvrir.

Hervé Bourhis - Rudy Spiessert - DargaudDans la même veine que des albums comme Corps à corps de Mardon, de Monsieur Jean de Dupuy et Berberian ou Les pauvres aventures de Jérémie de Riad Sattouf, cet album est très frais et se lit comme une menthe à l'eau. Les dessins et les couleurs sont très maîtrisées et on trouve même quelques effets de narration graphique très adroits.

Certains pourront trouver cet album très dans l'air du temps (au niveau des dessins comme du scénario) - et ce n'est peut-être pas faux - mais il serait dommage de bouder le plaisir que nous offrent Bourhis et Spiessert.

Le Stéréo Club T.1 Britney forever - Hervé Bourhis - Rudy Spiessert - Dargaud

jeudi 6 mai 2004

Robin de Sherwood

Robin de Sherwood T.1 - Leroux - Lizano - CarabasLa semaine dernière, j'ai mis à jour mes dernières lectures (en haut de la page à droite) mais je n'ai pas eu le temps de vous en parler. Commençons donc par Robin de Sherwood dessiné par Marc Lizano sur un scénario de Denis Leroux. Comme l'indique le titre, ça raconte l'histoire du fameux Robin des bois mais l'histoire commence lorsqu'il se prénomme encore Myllylae. En sept traits (chapitre si vous voulez), on découvre comment il est amené à s'exiler dans les forêts et comme il fait la connaissance d'une bande de brigand.

Pour écrire cette histoire Denis Leroux s'est visiblement beaucoup documenté sur le sujet et le résultat est très réaliste. A la fin des 3 tomes prévus de cette série, on devrait donc obtenir une biographie assez complète du fameux archer. J'ai trouvé le découpage en chapitre plutôt habile pour suggérer le passage du temps et introduire des respirations de lecture (oui, oui comme en musique). Mais là où Denis excelle, c'est dans l'écriture proprement dite des textes et des dialogues. Le style est racé et éloquent sans être trop verbeux et surtout il colle parfaitement à l'époque. Certains scénaristes devraient en prendre de la graine...

Robin de Sherwood T.1 - Leroux - Lizano - CarabasCôté dessin, Marc Lizano assure et nous donne une véritable leçon de narration graphique. Je suis peut-être un peu biaisé parce que j'aime beaucoup son travail mais force est de constater qu'il se surpasse dans cet album. Son dessin sait être clair et efficace tout en conservant une délicatesse qui donne à l'ensemble une ambiance très poétique. Marc alterne également textures hachurées et ligne claire dans un style très personnel qui sert parfaitement l'ambiance un peu rustique de l'album.

Certaines scènes - comme la rencontre entre Robin et Marianne, le combat entre Robin et Petit Jean (voir ci-contre) et la bataille sous la pluie - sont de toute beauté et la palette de couleurs n'y est d'ailleurs pas étrangère. Loin de la plupart des autres colorisations du moment, la mise en couleurs de cet album est judicieuse et réfléchie. Des expérimentations que je n'avais pas vues depuis la lecture de l'âge de raison de Matthieu Bonhomme (un autre album publié chez Carabas d'ailleurs).

Bref, je pense que vous aurez compris que j'ai beaucoup aimé ce premier tome et je vous en recommande chaudement la lecture. Et en plus une surprise de 3 pages vous attend en fin d'album.

Robin de Sherwood T. 1 - Denis Leroux - Marc Lizano - Carabas

lundi 3 mai 2004

La balade des clampins

Ce weekend, j'ai lu La balade des clampins, le nouvel album de Victor Levallois par Stanislas et Rullier. Ca faisait 10 ans qu'il n'y avait pas eu de nouvel album et le trait de Stanislas a un peu changé depuis Le manchot de la butte rouge. Que dire ce nouvel opus ? On est en juillet 1954 et Victor vient récupérer son grand oncle à la sortie de la prison de la Santé. Mais il n'est pas seul à l'attendre puisque d'anciennes connaissances de ce dernier ont bien l'intention de le faire parler au sujet d'un trésor dont il s'est vanté il y a de ça une dizaine d'années.

Victor Levallois #4 - Stanislas - Rullier - Les Humanoïdes AssociésContrairement aux albums précédents, le scénario est un peu moins passionant mais le style reste entraînant et l'argot égaille toujours autant les dialogues. C'est surtout du côté des personnages que j'ai été déçu : ils sont nombreux mais peu détaillés et finissent du coup par être des caricatures assez fades. Même Victor Levallois n'est que l'ombre de lui-même dans cet épisode. La narration graphique de Stanislas reste solide mais moins inventive que dans les précédents albums. En revanche, le trait est plus relâché tout en conservant la lisibilité de la ligne claire.

Bref, j'ai lu l'album avec plaisir mais il ne me laissera pas de souvenirs impérissables. Je suis quand même content que la série reparte et j'attends le prochain tome avec intérêt.

Victor Levallois #4 - Stanislas - Rullier - Les Humanoïdes Associés 

mercredi 21 avril 2004

Chute de vélo - Etienne Davodeau

Chute de vélo - Davodeau - DupuisRécemment, j'ai lu Chute de vélo, le nouvel album d'Etienne Davodeau paru dans la collection Aire Libre de Dupuis. Je n'avais pas été convaincu par son précédent Ceux qui t'aiment chez Delcourt mais j'ai pris beaucoup de plaisir à lire Chute de vélo.

Difficile de raconter ce qui relève plus d'une chronique familiale mais disons qu'on suit une famille qui profite de l'été pour venir remettre en état la maison de la grand-mère avant de la mettre en vente. Pendant que les adultes travaillent, les enfants sont fascinés par les relations conflictuelles d'un maçon et de son arpette sur le chantier de la maison d'en face. Avec les jours qui passent, c'est la vie qui s'écoule ponctuée des petits riens ordinaires qui composent le quotidien. Mais c'est aussi l'occasion pour certains éléments du passé de remonter surface.

A partir de cette situation, Davodeau crée un album de 76 pages tout en finesse où il fait preuve d'une grande maîtrise du découpage et de la narration. En effet, même si l'histoire est sympathique et fait résonner en nous des situations déjà vécues, c'est surtout la narration graphique de Davodeau qui m'a séduit dans Chute de vélo. A ce titre, la couverture annonce la couleur avec une image toute simple mais très bien composée d'une petite rue tranquille. Même sans personnage apparent, cette couverture accroche le regard et donne envie d'en avoir plus.

Extrait de la page 3A l'intérieur, c'est tout le talent de mise en scène de Davodeau qui apparaît. En particulier, il n'a pas son pareil pour raconter des scènes ordinaires sans être ennuyeux et ce grâce à des plans variés mais toujours réalistes (pas de plongée/contre-plongée gratuite ni d'effet de cadrage). Davodeau a également un don pour les dialogues qu'il sait rendre naturels et vivants. Mais il sait également s'en passer lorsque l'histoire n'en a pas besoin, comme par exemple, dans une magnifique séquence où Toussaint, l'ami de la famille, contemple silencieusement Jeanne en train de dormir. Toute cette séquence (page 53, 54 et 55) illustre d'ailleurs l'habilité de Davodeau pour la narration graphique.

Bref, sans être un chef d'oeuvre, Chute de vélo est un très bel album qui prouve - s'il en est encore besoin - que la Bande Dessinée est un medium versatile qui peut convenir à de multiples genres.

Chute de vélo - Etienne Davodeau - Dupuis

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