lundi 6 février 2006

Ballad de Deadmouse

Ballad - Deadmouse - OnabokEntre conte gothique et fable fantastique, Ballad raconte l'histoire d'un squelette humain assez bizarre, mu par une force force mystérieuse, et qui va retrouver un corps de chair dans une espèce de source d'eau souterraine. Son errance l'amène alors dans une étrange demeure où une petite fille semble le reconnaître...

Ballad - Deadmouse - Onabok

Initialement publié en ligne sur le site personnel de Deadmouse - un jeune auteur canadien - ce récit est aujourd'hui édité en français par les éditions Onabok sous la forme d'un roman graphique d'une centaine de pages montrant - s'il est encore besoin - qu'Internet est un vivier de jeunes auteurs.

Le caractère pour le moins étrange de l'histoire et du graphisme, qui mêle fantastique et poésie noir, en fait un album à part qui attise la curiosité. Qui est cette créature ? Où va-t-elle ? Quelle vie l'anime ? L'interrogation des premières pages est d'ailleurs renforcée par leur silence qui pousse le lecteur à tourner les pages pour en savoir plus sur cet étrange personnage. Son apparence initialement monstrueuse fait rapidement place à la fragilité d'une enveloppe humanoïde dotée d'une tête disproportionnée dont les déambulations inspirent encore plus la pitié. Pitié qui atteint son apogée lorsque son chemin croise celui d'une petite fille cruelle et vicieuse qui veut comprendre comment il est arrivé jusque là.

Fragilité, monstruosité et errance existentiel rappellent les thèmes chers à des auteurs comme Tim Burton mais Deadmouse fait preuve d'une vraie originalité de sujet et de construction. En particulier, il met en place une narration tout en lenteur qui renforce notamment le côté glauque et malsain de certaines scènes comme si l'auteur voulait décortiquer chaque geste avec une précision chirurgicale. Cette précision se retrouve également dans la texture du trait et en particulier dans le traitement de certains décors qui tendent vers la gravure.

Malgré un dessin parfois un peu maladroit, Ballad est un album intriguant et surprenant qui devrait plaire aux amateurs de récits fantastiques. A noter qu'il a été nommé dans la catégorie "Outstanding online comics" aux Ignatz Awards 2005.

vendredi 20 janvier 2006

Mangalisation ou pas mangalisation ?

L'excellent site du9 - dont une nouvelle version a lentement éclos à l'automne dernier [1] - publie ce matin une contre-analyse détaillée du désormais traditionnel rapport annuel de Gilles Ratier, secrétaire général de l'ACBD (Association des Critiques et des journalistes de Bande Dessinée). Contestant dans la forme et le fond la "mangalisation" décrétée par Gilles Ratier, l'auteur donne un éclairage plus contrastée et plus fin sur l'année écoulée en portant son analyse - au delà des chiffres - sur la typologie des plus gros tirages. L'un des autres apports de ce dossier, c'est de ne pas simplement considérer les tirages (l'auteur souligne notamment que "considérer les tirages, c’est se limiter à la vision du marché qu’en ont les éditeurs") mais aussi les chiffres de ventes (données IPSOS) qui montre un visage différent du marché.

L'auteur épingle aussi la "manga-phobie" sous-jacente du rapport de Gilles Ratier qui fait souvent rimer "mangalisation" avec invasion (le retour du péril jaune ?). Et de conclure "gardons de 2005 l’image d’une année où, enfin, quelques médias grand public ont négligé les courbes de ventes, et se sont penchés sur la bande dessinée considérée comme objet culturel et non plus comme objet de consommation." C'est une conclusion à laquelle je ne peux que souscrire. [2]

A noter au passage la chronique du dernier donjon monster dessiné par Bézian - Des soldats d'honneur - que j'ai eu l'occasion de lire le week-end dernier et qui est magnifique.

[1] désormais, du9 est mis à jour chaque vendredi. Des fils RSS de syndication sont disponibles.
[2] précisons pour éviter les accusations de "copinage" que je participe épisodiquement à du9.

mercredi 7 décembre 2005

Petites créatures de Pentti Otsamo

petite créatures - Pentti Otsamo - Ed. çà et làPetites créatures (The Fall of Homunculus pour la version originale) raconte la vie d'un jeune couple confronté à une grossesse imprévue. Pendant qu'Anna y voit la continuité de la vie en osmose avec la nature qui l'entoure, Joël - lui - a du mal à endosser le rôle de futur papa. C'est à partir de cette histoire simple et ordinaire que Pentti Otsamo construit un récit touchant autour de la vie de couple et du passage vers le statut de parents.

Graphiquement proche d'auteurs comme Jessica Abel et son compagnon Matt Madden, Pentti Otsamo utilise - avec une grande maîtrise - un dessin simple mais expressif en harmonie avec son récit. Lorsque l'histoire le réclame, il sait également construire des pages plus complexes où les cases disparaissent pour mieux mettre en avant le caractère onirique ou symbolique de la la situation représentée.

Avant de lire petites créatures, j'avoue ne jamais avoir entendu parler de son auteur finlandais qui a pourtant publié plusieurs histoires courtes dans les collectifs de Drawn & Quarterly. C'est donc avec d'autant plus de bonheur que j'ai découvert et lu ce livre publié par les toutes jeunes éditions çà et là. Bref, je vous recommande cet album touchant servi par un graphisme de qualité.

Petites créatures - Pentti Otsamo - çà et là

mercredi 19 octobre 2005

Points de vues de Peter Kuper

Points de vues - Peter Kuper - çà et làLes éditions ça et là publient donc le troisième livre de Peter Kuper en français après les récents La Métamorphose chez Rackham et Le Système aux éditions de l'An 2.

Il s'agit cette fois d'une compilation de strips parus dans le New York Times, ce qui avait d'ailleurs été une première pour ce type de publication dans ce journal. Ces strips sont toutefois construits de façon original puisqu'à chaque fois, un strip carré de 4 cases est suivi par une case isolée présentant le point de vue ou le contre point de vue du strip initial.

Le mécanisme de ces strips installe une espèce de dialogue avec le lecteur qui n'est plus entièrement passif et je me suis rapidement pris au jeu qui consiste à essayer de deviner la chute avant de tourner la page pour la découvrir. Si quelques strips sont assez simples à anticiper, la grande majorité d'entre eux m'ont d'ailleurs surpris en prenant un contre-pied inattendu qui pimente la lecture.

Il ne s'agit toutefois pas que d'un exercice de style puisque cette collection de strips entièrement réalisés à la carte à gratter témoigne également du regard incisif que Peter Kuper porte sur la société qui l'entoure (société américaine en l'occurence mais qui peut être facilement transposée dans n'importe quelle grande ville occidentale).

Bref, j'ai craqué pour ce petit livre carré (100 pages malgré tout) qui inaugure avec bonheur les premières publications de éditions çà et là.

Points de vues - Peter Kuper - çà et là

mardi 18 octobre 2005

A strange day de Damon Hurd et Tatiana Gill

Nouvelles venues dans un paysage éditorial assez encombré, les éditions ça et là ont choisi de se démarquer en se spécialisant dans les adaptations de bandes dessinées étrangères. Les premiers ouvrages publiés viennent d'amérique du nord mais l'éditeur annonce également des livres en provenance d'autres parties du monde comme par exemple Petites Créatures de Pentti Otsamo (Finlande).

Loin de se contenter de suivre seulement les chemins déjà défrichés, ça et là publie des auteurs inédits en France comme Catherine Doherty avec Peine Perdue et Damon Hurd et Tatiana Gill avec A Strange Day. D'autres auteurs tels que Peter Kuper et Andy Watson ont déjà été publiés en France (deux livres pour Kuper, un pour Watson) mais c'est toujours un plaisir de voir de nouveaux ouvrages traduits en français pour ceux qui ne parlent pas couramment la langue de Shakespeare.

A Strange Day - Damon Hurd - Tatiana Gill - çà et làA Strange Day est une nouvelle d'une quarantaine de pages réalisée par de jeunes auteurs américains et qui raconte la rencontre de deux fans de The Cure un peu perdus sur les chemins de l'adolescence. Comme l'indique l'avant-propos des auteurs, ce récit s'adresse à l'adolescent que nous avons tous été ; cette personne en gestation, incomprise et qui avait l'impression que les chansons qu'elle écoutait en boucle avaient été écrites pour elle seule.

Du coup, A Strange Day se lit comme on feuillette les photos d'un voyage de classe au collège : on est tour à tour embarassé par la maladresse de ces moments passés et touché également par ces élans de sincérité. Le dessin de Tatiana Gill manque un peu de maturité mais laisse déjà transparaître une certaine maîtrise de la narration et accompagne finalement très bien ce récit d'ados. Bref, sans être entièrement conquis, j'ai été touché par ce petit album qui se lit avec légéreté... en écoutant un album de The Cure bien évidemment. :)

A Strange Day - Damon Hurd et Tatiana Gill - çà et là

Diffusé et distribué par le Comptoir des Indépendants, A Strange Day devrait être en librairie le 22 octobre prochain avec le livre de Peter Kuper dont je vous parlerai demain.

On apprend au passage sur le site de Damon Hurd que les deux auteurs sont en train de plancher sur un deuxième volume qui se situe avant les évènements racontés dans A Strange Day. Rendez-vous donc en septembre 2006 pour une sortie simultanée en français et en anglais.

jeudi 22 septembre 2005

Le voyage d'Esteban de Matthieu Bonhomme

Le voyage d'EstebanPré-publié en trois parties dans l'excellent magazine Capsule Cosmique, Le Voyage d'Esteban inaugure avec le Pipit Farlouse de Riad Sattouf, la nouvelle collection de bande dessinée jeunesse des éditions Milan. Après L'âge de raison qui lui avait valu l'Alph Art du meilleur premier album en 2003, c'est la deuxième fois que Matthieu Bonhomme signe à la fois le dessin et le scénario.

Dans cette nouvelle série, Esteban, un jeune indien de 12 ans, rêve d'embarquer sur un baleinier pour devenir harponneur. Impressionné par sa tenacité et son courage, un commandant l'engage comme mousse et le voilà parti vers le cap Horn.

Grâce à un scénario bien construit et des personnages  attachants, j'ai tout de suite accroché à cette histoire d'aventure et, bien que s'adressant plutôt à un public de 8-12 ans, cet album m'a fait passer un excellent moment de lecture. D'un point de vue graphique, Matthieu Bonhomme a choisi un dessin plus synthétique que sur Le Marquis d'Anaon et l'a rehaussé de crayon ce qui colle bien à l'atmosphère de l'univers décrit. Quand à la construction, elle est toujours d'une clarté exemplaire. Bref, c'est un album rafraichîssant qui plaira à mon avis aux petits comme aux grands.

Le voyage d'Esteban - Matthieu Bonhomme - Milan

Préparez-vous à revoir rapidement le nom de Matthieu Bonhomme sur les piles de nouveautés puisque Dargaud prépare pour la fin de l'année une édition complète du Marquis d'Anaon en noir et blanc (les 3 premiers tomes) comme il l'avait déjà fait pour Isaac le Pirate il y a 2 ans. A noter que l'album comportera quelques pages inédites. Egalement annoncé, le premier tome d'une nouvelle série (Messire Guillaume) chez Dupuis sur un scénario de Gwen de Bonneval. Et le quatrième tome du Marquis d'Anaon en cours de réalisation devrait également sortir dans le premier semestre 2006.

mardi 6 septembre 2005

Jordi Benet Solo et MOME #1

Solo #6 - Jordi Benet - DC ComicsAprès l'excellent numéro consacré à Darwyn Cooke, j'ai été un peu déçu par le Solo de Jordi Benet qui vient de sortir chez DC Comics. Globalement le dessin est bon (sauf la dernière histoire de Batman) mais les histoires ne sont pas super. Par contre, j'attends avec impatience le prochain numéro puisqu'il sera consacré à Mike Allred (qui a notamment travaillé sur X-Force, X-Statix, Catwoman, etc.). Rendez-vous le 26 octobre.

Solo #6 - DC Comics

Dans un autre genre, j'ai acheté le premier numéro de MOME, la nouvelle anthologie de Fantagraphics. Je ne l'ai pas encore lu mais il a l'air intéressant. A noter une interview de Paul Hornschemeier, l'auteur de l'excellent Adieu, Maman récemment traduit en français chez Actes Sud BD. On y trouve également des travaux de Gabrielle Bell et de Jeffrey Brown.

MOME #1 - Fantagraphics

jeudi 1 septembre 2005

Retour au collège de Riad Sattouf

Retour au collège - Riad Sattouf - Hachette LittératuresSuivant l'exemple d'autres éditeurs généralistes comme Actes Sud et Denoël, Hachette Littératures se lance dans la Bande Dessinée. Retour au Collège de Riad Sattouf inaugure donc la collection « La Fouine illustrée » qui est décrite par l'éditeur comme entièrement consacrée au reportage en bande dessinée. Ici, il s'agit de Riad Sattouf qui décide de passer deux semaines dans une classe de troisième d'un collège, anonyme mais présenté comme l'un des meilleurs de France.

On apprend donc - si l'on ne le savait pas encore  - que les élèves mènent la vie dure à leurs professeurs, que le sexe est un sujet de conversation fréquent, que la violence verbale et parfois physique est de mise entre les élèves, que superficialité et apparence sont les deux mamelles de la popularité, etc. Bref, rien de neuf sous le soleil. Pourtant Riad Sattouf et son éditeur font mine de s'en étonner et on peut lire en quatrième de couverture que « [Riad] en est ressorti avec une conviction : les adolescents des quartiers chics sont loin d'être des enfants sages... » (quelle surprise !).

Bien que bien réalisé par un Riad Sattouf désormais calé dans son style graphique, cet album m'a déçu par la faible portée du propos. En fait de reportage, il s'agit plus d'une collection d'anecdotes plus ou moins graveleuses et rarement intéressantes. Pas de mise en perspective, pas de regard - si ce n'est la constante consternation/surprise de l'auteur. Bref, ce livre ne suscite pas de réelle réflexion et est loin d'égaler Les mauvaises gens d'Etienne Davodeau, l'autre "BD reportage" de la rentrée dont je vous parlais hier.

Retour au Collège - Riad Sattouf - Hachette Littératures

mercredi 31 août 2005

Les mauvaises gens d'Etienne Davodeau

Les mauvaises gens - Etienne Davodeau - DelcourtCa y est, la rentrée est là et avec elle, une avalanche de nouveaux livres déferle sur les étalages des librairies. Parmi les plus intéressants, on trouve notamment le nouvel album d'Etienne Davodeau qui - après Rural publié en 2001 - revient à la bande dessinée de reportage chère à son coeur. Dans Les mauvaises gens, l'auteur aborde le monde ouvrier et l'histoire du syndicalisme dans la région des Mauges dans le Maine et Loire entre Angers et Cholet.

En s'appuyant sur l'exemple de ses parents, il nous montre le parcours de jeunes gens rapidement obligés de quitter l'école et dont l'éducation se forge entre l'église et l'usine (à ce titre, la couverture est explicite). Chronologiquement, mais pas seulement, Davodeau décrit la vie à l'usine et les efforts d'émancipation à travers des activités organisées autour des jeunesses catholiques, puis plus tard du militantisme syndicale et de l'engagement politique. Ponctué de références historiques et sociales (Mai 1968, la guerre en Algérie, l'élection de Mitterand, etc.), le récit de Davodeau parvient à travers l'exemple particulier d'une famille à illustrer le plus large essor du militantisme et du socialisme dans une région conservatrice.

Ce qui est extrèment intéressant dans cet album, c'est également la façon dont Etienne Davodeau utilise les spécificités de son moyen d'expression, la bande dessinée et plus largement le dessin - pour se différencier d'autres formes plus classiques de reportage (écrit, photographique ou télévisé par exemple). Je pense notamment aux scènes où Davodeau se montre en train de recréer en dessin les ateliers où travaillait sa mère à partir des descriptions qu'en fait cette dernière. Mais aussi, l'utilisation combinée au sein d'une case, de texte et d'images pour appuyer un élement du discours ou au contraire s'en détacher.

Bref, cet album est une vraie réussite qu'il convient de saluer.

Les mauvaises gens - Etienne Davodeau - Delcourt

jeudi 11 août 2005

The cute manifesto de James Kochalka

The cute manifesto - James Kochalka - Alternative ComicsLa semaine dernière, j'ai acheté The cute manifesto, un nouvel album paru chez Alternative Comics qui compile plusieurs "essais" dessinés de James Kochalka. Le livre lui-même est très agréable avec un petit format carré, un beau papier et une maquette simple mais très propre. La qualité des histoires est variable mais reste d'un bon niveau. Certaines sont plus contemplatives (Sunburn), d'autres nous emmènent dans les réflexions de Kochalka sur le monde (Reinventing everything Part 1) et d'autres encore sont de "simples" odes à la vie (Reinventing everything Part 2, The cute manifesto).

La dernière (The horrible truth about comics) est une réflexion sur la Bande Dessinée et montre que Kochalka nourrit un grand intérêt sur les spécificités et les possibilités de son art. Il le fait également par écrit dans deux petits textes (Craft is the ennemy et Craft is not your friend) où il explique que la Bande Dessinée doit être pratiquée comme un art et pas comme un métier (au sens d'artisanat).

Bref, The cute manifesto est un petit album qui plaira probablement aux lecteurs de James Kochalka. Ceux qui découvrent son travail devraient peut-être commencer avec d'autres albums de l'auteur.

The cute manifesto - James Kochalka - Alternative Comics
168 pages - 19,95 dollars

vendredi 25 février 2005

Désoeuvré de Lewis Trondheim

Désoeuvré - Lewis Trondheim - L'AssociationN'étant pas lecteur des carnets de bord de Trondheim, je n'ai pas spécialement accroché à cet album qui aurait, à mon humble avis, plus sa place dans la collection Côtelette que la nouvelle collection Eprouvette de L'Association.

Pourtant le sujet du veillissement des auteurs de Bande Dessinée m'intéressait mais j'aurais préféré une véritable réflexion plutôt que la mise en scène de la réflexion de l'auteur. Non que l'implication de Trondheim ne soit pas intéressante en soi - étant lui-même auteur de Bande Dessinée - mais parce qu'elle me semble se faire au détriment de la réflexion elle-même.

J'attendais probablement trop de cet album - sous-titré essai - mais il reste malgré tout l'agilité narratif de Trondheim et quelques anecdotes sur des auteurs de Bande Dessinée.

Désoeuvré - Lewis Trondheim - L'Association

jeudi 24 février 2005

Notes pour une histoire de guerre et Ripple

Notes pour une histoire de guerre - Gipi - Actes SudL'année se poursuit et les lectures aussi :

  • Notes pour une histoire de guerre de Gipi : un très bon album aussi bien sur le fond que sur la forme. On y suit 3 jeunes italiens un peu paumés évoluant dans un contexte de guerre (civile ?). Graphiquement, c'est très expressif et très maitrisé. Derrière un dessin qui peut paraître négligé, on ne peut que s'incliner devant la fluidité de la narration et la maîtrise du jeu de lumières. Coup de coeur du mois ('tain, ça fait réclame de supermarché...).

 

  • Ripple de David Cooper : 2005, l'année Cooper ? Après l'exposition qui lui a été consacré au Festival International de la Bande Dessinée d'Angoulême, voici un premier album traduit en français par Le Seuil. Le personnage principal, un artiste un peu minable, reçoit de manière inattendue une bourse pour une exposition d'oeuvres érotiques d'avant-garde. Après quelques recherches, il trouve un modèle qui accepte de poser pour lui. Il s'agit de Tina, une jeune femme plutôt moche mais dont il devient rapidement obsédé. C'est trash mais très bien maîtrisé jusque dans le trait, légèreent ondulé, qui fait directement référence au titre ("ripple" veut dire "ondulation" en anglais) et à l'intérêt de l'auteur pour les mouvements et les vibrations qui se dégagent de la peau. Encore un grand moment de lecture.

jeudi 2 décembre 2004

It's a bird de Steven T. Seagle et Teddy Kristiansen

It's a Bird... - Steven T. Seagle - Teddy KristiansenSuite à une chronique de Matt, j'avais acheté il y a plusieurs mois l'album It's a bird... mais pour diverses raisons, il a longuement trainé sur une étagère de mon salon. Et puis ce weekend, je me suis enfin installé confortablement pour le lire. Une heure plus tard, je refermais l'album, enthousiaste et bluffé.

Bluffé tout d'abord par les dessins et la mise en couleurs de Teddy Kristiansen, artiste danois que je ne connaissais pas vraiment bien qu'ayant brièvement aperçu son travail sur House of secrets. Bluffé également le travail de  Steven T. Seagle qui signe ici, malgré quelques imperfections, un excellent scénario réflexif sur le travail d'un... scénariste de comics.

Dans It's a bird..., un scénariste dénommé Steve, se voit offrir la possibilité de travailler sur Superman, la série emblématique de DC Comics. Alors que la plupart de ses confrères rêvent de cette opportunité, Steve refuse car le personnage lui paraît complètement improbable. Par ailleurs, l'offre tombe au plus mauvais moment pour Steve puisque son père vient de disparaître et il a lui-même du mal à vivre avec la menace d'une maladie génétique rare et fatale qui frappe plusieurs membres de sa famille. Poussé par son éditeur qui n'accepte pas son refus, Steve entreprend alors d'explorer les différentes facettes du personnage de Superman sans se douter que cette quête va aussi lui permettre d'avancer dans sa propre vie.

Dans une interview à la radio NPR ( en anglais ) Steven T. Seagle explique le caractère semi-autobiographique de cet album que je qualifierai plus d'album d'inspiration autobiographique car le propos de l'album n'est pas tant de raconter sa propre histoire que de créer une fiction à partir d'éléments personnels. Même s'il avoue lui-même quelques distances par rapport à sa propre histoire, cet album n'en reste pas moins très réussi notamment pour les éléments relatifs au travail du scénariste qui apparaissent plus sincères car moins "englués" dans certains artifices mélodramatiques que certains autres aspects de l'histoire.

La construction du récit, parsemé de plusieurs "interludes" sur les différentes facettes du personnage de Superman, est à la fois solide et originale mais n'arrive pas à éviter certaines ruptures inhérentes à ces scènes qui s'intercalent dans l'histoire principale. De même, l'idée qui consiste à faire parler Steve en aparté au lecteur, finit par s'épuiser à force d'être trop souvent utiliser. Malgré ces petits reproches, It's a bird... est un excellent album et il faut saluer le travail impressionant de Teddy Kristiansen qui a dû imaginer 21 "styles différents" pour illustrer de manière unique mais avec cohérence plusieurs aspects de l'histoire.

It's a Bird... - Steven T. Seagle - Teddy Kristiansen

Si vous ne pouvait pas vous offrir la version cartonnée qui est très belle mais un peu chère, une version souple devra sortir le 9 février 2005. Ou alors attendre la version française qui n'est pas encore annoncée...

It's a bird - Steven T. Seagle & Teddy Kristiansen - DC Comics

Au cours de cette lecture, j'ai été tellement bluffé par le graphisme de Teddy Kristiansen que j'ai voulu savoir si cet auteur avait un site web. Et bien, la réponse est 'oui' et même si la dernière mise à jour remonte à 2002, je vous invite à aller le visiter. On y trouve beaucoup d'informationet de très nombreux dessins. J'ai même découvert qu'il avait bossé sur Un peu de fumée bleue sur un scénario de Denis Lapière avant d'arrêter et de céder la place à Ruben Pellejero. Voici les 3 premières pages de la version de Kristianse. Pour les voir en plus grand, allez les voir sur son site.

Un peu de fumée bleue - Lapière & Kristiansen Un peu de fumée bleue - Lapière & Kristiansen Un peu de fumée bleue - Lapière & Kristiansen

mercredi 20 octobre 2004

Swimming Poule Mouillée

Swimming Poule Mouillée - Guillaume Long - La Joie de LireAprès deux albums chez Vertige Graphic (Comme un poisson dans l'huile, Les sardines sont cuites) où Guillaume Long nous racontait son passage à l'école des Beaux-Arts de St Etienne, l'auteur nous revient avec un album qui remonte encore plus loin dans son parcours scolaire - et le notre : l'école élémentaire et plus particulièrement la piscine.

Swimming Poule Mouillée, c'est donc l'histoire de Robin, un petit garçon qui va à la piscine avec sa classe pour y passer le terrible test de la Sardine d'Or. Mais la piscine, c'est un monde à part avec ses règles ("Il est interdit de courir près des bassins") et ses défis ("pas cap' de sauter du grand plongeoir") et on sent que Guillaume Long a du vécu à ce sujet.

L'album, bien qu'un poil court (32 pages), est donc très drôle et rappellera à coup sûr certains souvenirs de notre propre expérience de piscine. D'un point de vue graphique, il est intéressant de constater que certains procédés narratifs déjà utilisés par l'auteur dans ses précédents albums (un peu plus expérimentaux) fonctionnent très bien dans un contexte jeunesse, prouvant au passage qu'il est tout à fait possible d'être narrativement innovant dans des livres pour enfants.

Bref, Swimming Poule Mouillée est un album drôle et léger qui plaira aux enfants comme à leurs parents.

Swimming Poule Mouillée - Guillaume Long - La Joie de Lire

jeudi 14 octobre 2004

Poulet aux prunes de Marjane Satrapi

Poulet aux prunes - Marjane Satrapi - L'Association

C'est avec une certaine curiosité que j'attendais ce nouvel album de Marjane Satrapi dans la collection Ciboulette de L'Association. Après le succès de Persepolis, je me demandais en effet si l'auteur allait poursuivre dans la veine autobiographique. Surprise : si Marjane apparait une fois dans cet album, Poulet aux prunes raconte en fait l'histoire de Nasser Ali Khan, un musicien iranien qui décide de se laisser mourir après que son instrument (un tar) ait été brisé par sa femme.

Comme dans Persepolis, Satrapi évacue le suspense du dénouement final en "révélant" rapidement la fin de l'histoire pour mieux se concentrer sur le personnage de Nasser Ali Khan et sur le récit de ses derniers jours. On y découvre alors un personnage triste et mal-aimé qui ne vit que pour son instrument de musique et qui a du mal à communiquer avec ses proches ; le tout dépeint avec une grande vraisemblance.

Mais ce que j'ai surtout apprécié dans poulet aux prunes, c'est le travail de Satrapi sur la structure même du récit (une boucle sans fin avec des flash-backs et des "flash-forwards") et la recherche de nouveaux procédés narratifs où les codes de la BD (case avec ou sans cadre, personnages "dessinés normalement" ou en négatif blanc sur fond noir, etc.), même s'ils ne sont pas forcèment nouveaux, font habilement écho aux points de vue ou aux sentiments.

Bref, Satrapi signe avec poulet aux prunes un album qui, sans avoir la résonnance historico-culturelle de Persepolis, n'en est pas moins un bon, voire meilleur album de Bande Dessinée.

Poulet aux prunes - Marjane Satrapi - L'Association

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