Lorsque Fantagraphics décide d'éditer la version complète des strips de Peanuts (Snoopy en Français), ça donne une série de livres qui s'attache - autant sur le fond (scan et nettoyage de tous les strips) que sur la forme (maquette signée Seth) - à rendre hommage à l'oeuvre de Charles M. Schultz et la mettre à la disposition du plus grand nombre (tirage non limité, 29 dollars pour 300 pages, etc.).

Lorsque Marsu Productions se lance dans un travail similaire pour la série Gaston Lagaffe de Franquin, ça donne un objet gigantesque (300 x 430) visiblement conçu pour les collectionneurs fortunés (tirage de 2000 ex., 99 euros pour 52 pages) avec une maquette quelconque. On va sûrement me dire que ce genre d'ouvrage s'adresse aux fans, aux amateurs, aux collectionneurs. Et bien, j'en ai marre !

Quand est-ce que les éditeurs de BD francophone vont arrêter de toujours viser les même 2000-4000 acheteurs qui constituent le noyau du microcosme francobelge ? Jusqu'à quand va-t-on avoir droit aux ex-libris / marque-pages à deux balles, au pseudo carnet de croquis réservé à la première édition, à la numérotation du tirage sur les albums, aux enveloppes qui enferment les BD (soyez les premiers humains à mettre la main sur votre BD!), aux tirages de tête aux prix indécents, aux tirages en noir et blanc qui sortent avant la version couleurs, aux produits dérivés - posters, figurines ... - pour trentenaires bobos, aux tirages limités que s'accaparent les spéculateurs ??? Et je passe sous silence les DVD-BD-films, les adaptations cinématographiques hasardeuses et décérébrées, les packs "Un acheté, un offert", les ré-éditions d'albums N&B recoloriées ou cassés en plusieurs tomes, les nièmes magazines hors-série sur AstérixTintin et Blake & Mortimer, etc. Nous prend-on vraiment pour des imbéciles ? Pour des CON-sommateurs ?

Je précise que je n'ai dans l'absolu rien contre les produits dérivés et ces pratiques commerciales (enfin si, mais c'est un autre sujet) mais je déplore que les grands éditeurs préfèrent viser les même acheteurs-collectionneurs plutôt que de défricher de nouveaux secteurs et d'ouvrir la Bande Dessinée à un plus large et nouveau public. Cette volonté de moissoner encore et toujours les même acheteurs nuit au développement durable de la Bande Dessinée. Ce n'est pas une simple affirmation puisque nous avons déjà pu constater les conséquences de ce type de politique commerciale au début des années 90 avant que des éditeurs comme L'Association, Ego comme X et d'autres ne s'attèlent à sortir la Bande Dessinée de l'impasse dans laquelle les gros éditeurs l'avaient engagée et montrent avec le succès qu'on connait les possibilités de la Bande Dessinées. Surtout, ces éditeurs ont également attiré de nouveaux lecteurs, venus de tout horizon - qui n'avaient jamais lu de BD auparavant ou qui s'en étaient éloigné avec le temps.

MAJ 15.11.2005 : j'apprends que la librairie Album au croisement de St-Jacques et St-Germain à Paris (une grande librairie spécialisé pour ceux qui ne la connaissent pas) fait plus de 60% de son chiffre d'affaire sur les produits dérivés. Symptomatique, non ?

La Bande Dessinée doit-elle être réduit à un simple produit qu'il soit d'appel ou de collection ?

La Bande Dessinée ne mérite-t-elle pas plus de considération ?