Si vous êtes passé dans une librairie cette semaine, vous avez forcément remarqué que la rentrée BD avait démarré sur les chapeaux de roue. Entre le 15 août et le 31 septembre, ce ne sont pas moins de 300 albums(*) qui vont déferler dans les rayons ! Et encore, je ne parle que de franco-belge. Si on rajoute les comics et les mangas, on doit s'approcher de 480 nouveautés au total. Et tout ça, en 7 semaines : soit près de 10 albums par jour - y compris le dimanche ! Et, même s'il sera moins important, le rythme de parution devrait rester assez élevé jusqu'à la mi-décembre.

Est-ce trop ? La question occupe tous les esprits, à commencer par celui des auteurs eux-mêmes. Les éditeurs sont souvent pointés du doigt comme étant les responsables de cette explosion du nombre de publication mais cette envolée est également le reflet de l'effervescence artistique du medium. L'offre n'a en effet peut-être jamais été autant diversifiée dans le fond et sur la forme (même si certains genres continuent de prévaloir) et on ne peut que se réjouir de voir autant d'auteurs se lancer dans de nouveaux projets.

Mais là où le bât blesse, c'est que la demande ne semble pas suivre. Même s'il m'est difficile d'en parler car je ne dispose pas de chiffres précis sur le sujet, il me semble que le tirage moyen par album et les mises en place (nombre d'albums commandés par les points de vente) sont de plus en plus faibles ce qui laisse penser que le public de la BD n'augmente pas proportionnellement à l'offre. Et comme les budgets ne sont pas extensibles à l'infini, les lecteurs sont obligés de sélectionner leurs achats.

Personnellement, j'ai déjà changé mes habitudes d'achat. Avant, j'avais la chance de pouvoir acheter à peu près tout ce qui me plaisait mais cette époque est terminée car le nombre d'albums (y compris ceux de qualité) ne cessent d'augmenter et mon budget ne peut plus suivre. Du coup, j'ai décidé cet été d'inverser la courbe de mes achats et de réduire drastiquement mon budget BD qui avait atteint des sommets trop élevés. Ca s'appelle un retour de balancier. Résultat : sur la trentaine d'albums sortis depuis le début de semaine, je n'en ai acheté qu'un seul.

Je ne sais pas si mon cas est isolé mais il semble que la crainte d'un krach du secteur (à l'image de celui du début des années 90) soit dans tous esprits. Jusque là, ça va. Jusque là, ça va... Et vous, vous en pensez quoi ?

(*) D'après le tableau des sorties du magazine Bo-Doï
(**) D'après le rapport 2003 de l'ACBD, les mangas et les comics représentent respectivement environ 30% et 8% du nombre total d'albums publiés.