dimanche 8 février 2004
Retour écrémé d'Ibn Al Rabin
Sur une recommandation de Guewan, j'ai acheté Retour écrémé au FIBD d'Angoulême. C'est la première fois fois que je lis un album d'Ibn Al Rabin et je dois avouer que j'avais une légèrement appréhension avant d'en commencer la lecture. J'avais déjà lu quelques strips d'Al Rabin dans Bile Noire, la revue d'Atrabile et même si j'avais trouvé l'approche intéressante, j'avais quelques doutes sur sa viabilité sur un album de 200 pages. Et bien, j'avais tort car Retour écrémé est un excellent album !
Sur la forme, tout d'abord, cet album est magistral tant Ibn Al Rabin fait preuve d'habilité et d'audace dans la mise en page et narration. Si vous n'avez jamais ouvert un album d'Al Rabin, imaginez des sortes d'ovales noires avec des bouches plus ou moins ouvertes et quelques taches qui figurent le tronc et les bras. Malgré ce minimalisme, les personnages sont très expressifs. La répartition des cases est totalement au service de la narration. Gauffrier répétitif ou case isolée dans la page mais aussi 2 cases ou bien 3 disposé en colonne ou en ligne. Le plus intéressant, c'est que ce cadrage soutient parfaitement le propos et complète les ambiances et les sentiments exprimés. C'est assez difficile à expliquer par texte, je vous invite donc à lire l'album pour vous en rendre compte par vous-même. A noter également que la "caméra" reste fixe et ce sont les personnages qui entrent ou sortent du cadre. Autre élément très intéressant, c'est le positionnement systématique des phylactères à l'extérieur des cases qui rajoute des possibilités intéressantes de narrations.
Mais, contrairement à ce que je pensais avant de le lire, l'album ne vaut pas que pour la forme. L'histoire est également très intéressante avec une parabole du racisme et des thèmes tels que la mort, l'amour, les médias et la politique. Encore plus fort, l'album est également drôle (des gags émaillent le récit) et poétique (deux superbes odes... aux zombies).
Vous devez être en train de vous dire Quoi ? Un album aussi bon sur le fond que dans la forme et tout ça avec des "taches" et en plus il dit que ça fait rire et que ça fait réfléchir, il se fout de nous ce Gilles ? Non, je ne plaisante pas, c'est le résultat du grand talent d'Ibn Al Rabin en action. Ex-cel-lent !!!